|
Après des pointes a plus de 40 nœuds dans la nuit et des trombes d'eau, le vent se calme un peu, mais il pleut toujours. On décide de " faire " une machine à laver le linge, tandis que Pierre-Yves fait de "l'annexe stop" pour aller à terre régulariser notre situation puisque nous n'avons pas quitté le territoire comme prévu et pour prendre la météo.
Marc aperçoit une tortue qui nage vers le chenal de sortie mais j'arriverai trop tard pour la voir.
A son retour, au vu de la météo, Pierre-Yves nous propose de déjeuner rapidement et de lever l'ancre. Notre sortie se fait à 15h par 20/25 nœuds de vent de SE, ce qui est plutôt mieux qu'hier, sur une mer très hachée sur des fonds très faibles. Tout ce qui n'était pas correctement calé valdingue dans le carré. Ces conditions nous tiendront toute la soirée et la nuit. Malgré l'excellent comportement du navire, compte tenu de l'inconfort de la situation, le dîner sera limité à une assiette de haricots rouge à la tomate, ce qui arrange bien Jérémie.
A deux heures, Jérémie vient cogner à la porte de ma cabine car, bien que je ne sois pas arrivé à trouver le sommeil, mon alarme n'a pas enregistré le "décalage horaire" de la veille. Compte tenu de l'état de la mer, nous continuerons à naviguer à la roue pendant toute la nuit.
JEUDI 19 juin 2003
A mon réveil, la mer est devenue plus régulière avec une longue houle ; le vent a faibli et nous mettons toutes voiles dehors. Notre vitesse atteint plus de 9 nœuds sur le fond sous PA.
Vers midi, à la faveur d'un gros grain, le vent monte brusquement à plus de 30 nœuds et la mer se forme à nouveau. FAX d'Agnès.
La tension monte progressivement dans l'équipage à la vitesse à laquelle se creuse la mer qui devient franchement agitée. Il ne nous reste plus qu'un foc réduit au N°1 et nous filons plus de 8 nœuds au près au milieu de vagues qui se cassent sur le pont. Le ciel est plombé et les grains se succèdent, le vent atteignant des pointes à 35 nœuds. Sale temps!
N'étant pas de quart, je m'allonge sur une banquette du carré, mais il est hors de question de fermer l'oeil.
Et puis, sur le coup de 7-8h, pendant mon quart, le vent mollit et vire au S puis au SW. C'est donc sous foc tangonné au PA, malgré une forte houle de SE que Pierre-Yves nous prépare un steak haché au coulis de tomates fraîches bien réconfortant.
La nuit est sombre et la mer déserte. Comme le vent mollit encore, je mets 1200 tours au moteur pour appuyer un vent arrière de 12/15 nœuds. Vitesse au loch 6/7 nœuds. Pas terrible!
VENDREDI 20 juin 2003
La fatigue se faisant sentir, je me couche vers 5h après une bonne douche (le bateau est de nouveau à plat) pour me réveiller stupéfait à 10h moins le quart! Juste le temps d'un petit déjeuner sur le pouce et c'est à nouveau mon quart. Le soleil est de retour, la mer est belle et nous filons 7/8 nœuds. Pierre-Yves a mis une ligne à l'eau. Discussion avec Marc sur l'organisation de notre futur départ des Açores qui pourrait être avancé de 2 jours si nous continuons au rythme de 180 à 190 miles par jour, car il semble que nous ayons pris les bonnes options de route compte tenu de la météo. Inch Allah!
L'allure est confortable et Pierre-Yves comme moi en profitons pour faire quelques photos et séquence filmées. Jérémie est à la barre et regardant la ligne qui traîne désespérément depuis le matin, lâche une expression de dépit à propos d'une pêche par trop infructueuse.
A peine a-t-il fini sa moue que c'est une touche magistrale. Des dizaines de mètres de fil partent à l'eau. Je me précipite et bloque brièvement le déroulement du fil: il y a bel et bien une prise autre qu'une sargasse. Tout va très vite: Jérémie arrête le bateau. Pierre-Yves monte quatre à quatre les marches depuis la table à cartes pendant que Marc brasse le nylon. Je file à l'arrière et devine une grosse prise. Je sors l'épuisette qui semble dérisoire vu la taille du thon qui est au bout de la ligne.
Vite la caméra … le bateau fait le bouchon. Le poisson saute à tout rompre pour tenter de s'échapper. A la hâte, Pierre-Yves a confectionné une sorte de lasso qu'il enfile à grand peine autour de la queue du poisson pendant que je tiens la gueule du thon hors de l'eau. Pris par l'avant et l'arrière, nous hissons la bête à bord et nous nous accordons sur un poids d'environ 30 Kgs et sa découpe durera environ ¾ d'heure sous le couteau acéré de PY. Comme j'avais montré quelque talent en la matière, il m'échoit, pendant ce temps, de démêler la ligne et de la replier.
La houle de SE prend notre route par le travers et le bateau file 7 à 8 nœuds au grand largue par 20 nœuds de vent. Malgré un intense roulis, je prépare un dîner de tomates farcies avec les restes de viande hachée.
Après le dîner, le rythme des quarts de nuit reprend.
SAMEDI 21 juin 2003
Nous avons bénéficié pendant la nuit d'un courant porteur de 1.5 à 2 nœuds. La mer calme et le vent tourne doucement mais régulièrement au SO. Compte tenu de notre allure de grand largue, la route s'oriente donc progressivement vers le plein Est d'autant qu'avant le déjeuner, Pierre-Yves nous fait mettre les voiles en ciseau et gagner ainsi près de 20°.
Devinez le déjeuner? Thon au riz et sauce à la tomate fraîche. Tip top!!! … et pour couronner le tout un FAX commun de nos épouses.
Après déjeuner, histoire de ne pas perdre la main, Pierre-Yves grimpe pour la troisième fois aux 1ères barres de flèche avec pour objectif de protéger la GV contre les frottements au vent arrière. Comme on pouvait s'y attendre, le rouleau d'adhésif tombe sur le pont et est miraculeusement récupéré. Ce travail étant terminé, Pierre-Yves descend et se rend compte que la chute du Foc s'est esquintée sur 30 à 40 cm.
Branle bas de manœuvre. Vent arrière puis bout au vent puis moteur … toutes voiles affalées, on descend le foc sur le pont et … vive le bosco. Deux heures plus tard, mouvement inverse : tout est rétabli pour le dîner.
L'honneur est sauf, mis à part que Pierre-Yves nous fait prendre conscience que nous avons raté l'heure de la bière ! Discussion ; interrogation ; comment cela est-il possible de ne pas avoir remarqué que depuis le départ, Pierre-Yves prend quotidiennement une bière à 18h ? Eh oui 18h et pas 17h55 ni 18h05! Heure locale bien sûr … encore que les jours de changement d'heure, il y a un cap difficile à passer. Nous y mettrons désormais bon ordre!
Ce soir Marc nous a préparé un dîner "mixed grill" avec des pommes de terre au four.
Vers 22h nous croisons un navire marchand qui suit une route parallèle à la nôtre en sens inverse : il faudra être vigilants cette nuit.
Après mon quart de nuit, pendant mon temps de "réserviste", je prépare une marinade de thon cru au citron vert et à l'huile d'olive pour le déjeuner de demain et mets le tout au frigo.
DIMANCHE 22 juin 2003
Vent arrière et mer belle, mais le vent manque de générosité. Dans la matinée, j'aperçois un serpent de mer "aiguillette" à quelques mètres du bateau, mais tout à la cuisine vers midi je ne verrai à nouveau pas une 2ème tortue de belle taille (1m selon Marc) sur bâbord. Nous ne ferons que 130 miles de 15h à 15 heures.
Pour le déjeuner, nous dégustons le thon mariné revenu une minute à la poêle avec une salade de tomates et les dernières feuilles de salade verte.
Journée dominicale, farniente et bronzing. Pierre-Yves nous recommande la lecture du manuel de survie "tous temps" … Marc à du mal à se concentrer sur la "super majeur cinquième" de Lebel. Discussions à bâtons rompus sur la voile les copains etc …
Pour célébrer la fête de la musique, le 1er quart de nuit se déroule au son du concerto pour 3 pianos de J.S.
Bach pioché dans la généreuse discothèque du bord.
LUNDI 23 juin 2003
Après un léger grain sur le coup de5h30 du matin, c'est une tempête de ciel bleu qui s'abat sur notre embarcation. Mer à 22° air frais soleil brûlant et humidité réduite: le rêve du vacancier.
Les discussions vont bon train avec Marc et Pierre-Yves. On envisage des variantes sur le post acheminement d'Horta vers Paris via Lisbonne sans y passer la nuit en correspondance.
Et pendant ce temps là, notre vaillant destrier file toutes voiles dehors, volant de vague en vague par 20 nœuds de vent arrière.
Dans un noir d'encre, la nuit s'avérera à la fois confortable et rapide avec des pointes à 10 nœuds. Une heure avant le lever du jour, le ciel s'éclairera progressivement avec l'apparition de quelques étoiles puis d'une lune timide sortis de la brume alors que le plancton phosphorescent éclaire le sillage de l'étrave.
MARDI 24 juin 2003
Au lever du jour, le vent mollit un peu pour reprendre de plus belle du secteur O vers 10h. Nous aurons parcouru 170 miles en 24 h.
Après le déjeuner, nous avons la visite de deux bancs de dauphins qui viennent jouer dans l'étrave pendant quelques minutes avant de poursuivre leur route. Bronzing, lecture, sieste et échecs pour Jérémie. Selon la météo reçue de Patrick, çà devrait durer jusqu'à la fin de la semaine.
J'ai beau faire, le PC que j'ai amené refuse obstinément de dépasser la page d'accueil de windows. Tant pis. Je ne pourrais pas commencer à saisir le journal de bord.
Au dîner, filet mignon à la poêle légumes verts champignons.
Prise de quart au rythme de Claude Luther. Le vent tombe franchement: moteur.
La couchette est de plus en plus humide et s'endormir est toujours un problème; aussi la fatigue s'accumule.
MERCREDI 25 juin 2003
Lever vers 8h30. Pendant le petit déjeuner, selon les pouvoirs qui lui sont impartis, le Capitaine décide à 9h qu'il en sera 10. Je vais donc en urgence faire ma toilette avant de prendre mon quart qui est aujourd'hui plus que symbolique vu que nous sommes toujours au fifty.
Un banc de dauphins passe dans notre sillage. La ligne que j'ai mise à l'eau à 5h avant d'aller me coucher, n'a toujours pas donné de signe de touche. Après le déjeuner, sieste entre ombre et soleil pendant que PY s'affaire au ménage dans le coin cuisine. Il doit faire 25°C. Je m'endors.
Subitement, je devine le bruit de la ligne qui part sur une touche. Je me précipite et me rend immédiatement compte que PY vient de me faire une blague. Un vrai potache !
Après dîner, soirée Maria Callas qui accompagnera un magnifique coucher de soleil et l'amorce d'une très belle nuit étoilée … sans âme qui vive !
JEUDI 26 juin 2003
Nuit au fifty car le vent n'a jamais dépassé 15 nœuds. La mer est à peine animée par une petite houle de SW. Matinée consacrée à de menues tâches ménagères. Jérémie se concentre toujours sur son jeu d'échecs portable. Quant à Marc, ayant abandonné George SAND à la 300ème page, il s'acharne sur le jeu de la super majeur 5ème. Pour ma part, j'étudie avec intérêt le guide des Açores puisque notre arrivée se confirme pour la journée de dimanche, ce qui nous donnera la possibilité de faire un peu de tourisme en attendant l'arrivée de Patrick.
Les conditions météo restent inchangées et la tempête de ciel bleu se prolonge.
Mis à part quelques dauphins, la journée ne sera troublée que par le passage d'un supposé méthanier. Au jeu des devinettes, le consensus s'établit sur un trajet New York Gibraltar. Attention donc cette nuit, d'autant qu'elle s'annonce comme devant être d'un noir d'encre. Soirée Placido Domingo et coucher de soleil enflammé. Heureusement le radar mis en veille ne révélera aucun obstacle cette nuit.
VENDREDI 27 juin 2003
A mon réveil, c'est le branle bas en vue du remplissage du réservoir par les jerricans de gasoil car tout laisse à penser que nous terminerons le voyage au fifty, voire au moteur seul. Pas de souci concernant la quantité disponible, car il ne reste plus que 330 miles à parcourir, mais c'est l'occasion de renouveler les stocks.
Après l'effort, j'emboîte les pas de Marc dans l'étude du Lebel.
A midi, ô surprise, mis à part un oignon, c'est la premier repas qui sera entièrement réalisé à partir de conserves. A 48h de l'arrivée, félicitations à la qualité de l'avitaillement car tous les jours, depuis le départ, nous avons consommé au moins un produit frais par repas, ce qui est remarquable.
Côté navigation, c'est le calme plat et la route se poursuit toutes voiles affalées. Le programme des lectures de chacun s'épuise et la sieste se prolonge chaque jour un peu plus. Heureusement le soleil est là et CARAMEL est suffisamment vaste pour que chacun trouve son coin.
Dîner côtes de porc et soirée José Carreras. Ce soir le coucher de soleil sera le plus embrasé que nous ayons eu sur 360°, la mer reflétant un ciel rose en une teinte violacée côté est, tandis que la brume côté ouest prend des teintes de braises couleur carmin.
Le moteur nous accompagnera cette nuit encore.
SAMEDI 28 juin 2003
Dans la nuit, le vent s'est levé au secteur NO marquant ainsi la fin du passage de la dépression qui nous a accompagnée pendant près d'une semaine et dépassés. Nous mettons la GV en appui sur bâbord amures, puis l'artimon. A 13h GMT, nous descendons sous les 150 miles de notre destination. Un navire porte conteneurs nous croise à l'horizon.
Dans l'après-midi, le vent forcit pour atteindre un peu plus de 20 nœuds de secteur N-NO. Toutes voiles dehors, CARAMEL glisse sur la mer entre 8 et 10 nœuds malgré un fort clapot de secteur NO qui fait rouler la coque à plus de 25°. La préparation du dîner (thon mariné à nouveau) sera "sportive", mais s'agissant du dernier dîner en mer ….
Couché à 9h30, je n'arrive pas à dormir. Est-ce parce que je suis ballotté dans ma couchette, ou parce que je ne veux rien rater des premières lueurs du jour sur le "Pico" et l'île de Faial ? Toujours est-il que lorsque je prends mon quart à 2h du matin, je devine très vite quelques lumières à l'horizon qui, ne sont d'évidence pas celles d'un bateau. Le radar confirme: c'est la terre.
Il fait une nuit noire sans lune et je peste à l'idée que nous risquons d'arriver avant le lever du jour. A 3h30, l'aube se lève et je n'y tiens plus, je vais réveiller Marc (avec ½ heure d'avance) pour partager le spectacle des îles qui sont maintenant dans la pénombre.
Je n'arrête pas de pester contre cette arrivée trop matinale qui me gâche une partie de mon plaisir. Je réduis la voilure, je ralentis le moteur que PY a voulu maintenir en appoint sans que cela m'apparaisse vraiment nécessaire puisque depuis hier soir nous filons à plus de 8 à 9 nœuds. Du coup Pierre-Yves sort du cockpit avec un air interrogateur. J'invente quelque faux prétexte et la beauté du spectacle fait le reste.
Accueillis par une multitude de dauphins qui cabriolent en sautant complètement hors de l'eau et une myriade d'oiseaux divers, nous amarrons CARAMEL à 8h45 sur le quai d'accueil d'Horta.
Petit coup de fil à nos familles pendant que PY remplit les formalités d'immigration. Gazole et installation au ponton. L'heure tourne et nous amène rapidement à l'apéritif que nous prendrons bien évidemment chez PETER, Café Sport.
Voilà ce que fut ma traversée de l'atlantique nord que les qualités marines, l'équipement et le confort de CARAMEL nous auront rendu tout à fait agréable par tous les temps.
Un coup de chapeau particulier pour la qualité (et la quantité) de l'avitaillement qui nous a permis de profiter pleinement de notre voyage.
MERCREDI 3 juillet 2003
Après un atterrissage plutôt difficile de leur avion d'Air Portugal à Horta (temps bouché et remise de gaz) Patrick et Catherine rejoignent la marina et CARAMEL qui les attend pour poursuivre la traversée.
Terminé le 03 juillet 2003 sur Caramel à Horta sous un ciel lourd, bas et humide, mais entouré de milliers de dessins
|