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Petit port de pierre de taille, village authentique et premiers tapas dans les bistrots, ici plus espagnols que jamais. Nous patientons avec quelques autres voiliers la fin du petit coup de vent. La réputation de gentillesse des espagnols de Galice n'est pas surfaite, et nous découvrons une particularité de leur architecture : toutes les maisons ont de grands bow-windows, preuve de l'humidité et de la rigueur de leur climat. La verdeur de la végétation finira par nous convaincre qu'il s'agit bien ici d'une région humide et froide. L'eau de mer ne franchit pas 17 degrés en juillet dans le meilleur des cas et 14 dans le pire.
Les brouillards sont fréquents en été, les coups de tabac réguliers toute l'année, la mer toujours formée et les pêcheurs ont d'incroyables bateaux semblables à des tanks, fermés de toutes parts, à l'exception de 2 portes coulissantes sur les flancs par lesquels ils manipulent les filets mis à l'eau. Courageux les gaillards, mais ne faut-il pas l'être pour vivre de la pêche sur la "Côte de la mort"...
Les escales se succèdent pour avancer le long de la Galice, de mouillages en escales, nous avançons vers le Portugal. Sur les photos du guide nautique, Catherine essaie de repérer les ports avec piscine, car la natation lui manque.
Nous profitons d'une journée d'arrêt à Portosin pour filer en bus vers St.Jacques de Compostelle, visiter sa cathédrale et se mêler à son cortège de pèlerins, surtout jeunes qui ont fait de longues marches pour arriver dans ce haut lieu de tradition catholique.
Nous visitons (trop) rapidement les rias du nord-ouest de l'Espagne. Ce sont des vues grandioses de montagnes vertes et de villages charmants qui ont la particularité d'avoir de petits greniers à grains sur pilotis en pierre taillées.
Nous finissons en beauté à Bayonna, dernière ville espagnole avant le Portugal. Belle ville fortifiée, Yacht club sélect. L'équipage met un pantalon pour la tournée en ville.
Les alizés portugais ne sont heureusement pas une illusion. Ces vents du nord poussent les bateaux à voiles tout le long de la péninsule ibérique. Après trente heures à cette allure confortable, nous arrivons à Cascais, petite ville de villégiature des Lisbonnais sur la mer, dont elle partage le littoral avec Estoril (merci le circuit et la course de motos durant ce week-end : quel boucan !)
Nous louons une auto et partons à la conquête de Lisbonne par la Tour de Belem. Illustre vieille ville que chacun appréciera suivant différentes opinions. Elle mérite évidemment qu'on s'y attarde, ce que nous n'avons pas fait...
Alain et Linda nous quittent ici (de justesse, suite à une méprise d'aéroport) et Alban rejoint le bord.
Nous visitons le lendemain le village de Sintra, classé patrimoine mondial et son château de la Pena, ancienne résidence d'été de la famille royale d'origine Saxe-Cobourg, excentrique par son mélange de styles germanique et mauresque. Vue imprenable sur la mer et Lisbonne.
Nous devons être dans une semaine à Gibraltar pour le départ des 2 équipiers, il nous faut donc larguer les amarres pour continuer cette trop rapide descente vers le midi. Cap sur l'Andalousie et le soleil.
Encore une bonne trentaine d'heures pour virer le cap St Vincent (encore un cap à virer) et slalomer de nuit entre les chalutiers.
Pour faire escale à Cadiz la chaude. Nous sommes enfin arrivés au pays du soleil, nous pouvons enfin quitter ici les vestes et les polaires, voici venu le temps des shorts et des tee-shirts. Pour la natation ce n'est pas encore ici : seulement 18 degrés.
Beaucoup de vie le soir à Cadiz, nous sommes près de la vieille ville fortifiée dont l'accès est essentiellement piétonnier et qui, comme les autres, a su garder une âme profonde et plus qu'une ambiance : une atmosphère. Tous les soirs vers 21 heures, les rues s'animent, les tables colonisent les rues et se remplissent, les gens déambulent et palabrent, les enfants jouent tard dans la nuit, tous se retrouvent sur les lieux publics pour profiter de la fraîcheur nocturne et pérenniser cet art de vivre espagnol.
Nous sommes dans le sud et ici le temps s'écoule différemment, on a le temps, c'est le pays de 'mañana', dans les 2 sens du terme (demain ou plus tard ...).
Mais il faut y prendre garde, tout n'est pas indolence, l'Espagne rattrape très rapidement son "retard" sur les pays nord européens. Des quartiers neufs s'érigent un peu partout, la construction bat son plein (le béton malheureusement est moche sous toutes les latitudes), les banques rivalisent en nombre et en superbe, la téléphonie est partout et les rues commerçantes sont bien plus achalandées que chez nous. Manifestement le niveau de vie a fait un grand bond en avant ces dernières années.
Difficile de s'extraire de Cadiz et de ses façades en azulejos mais planning oblige, on se tâte pour faire les 80 milles restants en une ou deux étapes. Nous choisissons finalement la seconde solution.
En avant sur Barbate, un port de pêche espagnol tourné sur la capture du thon. Le vent est toujours nord-ouest et c'est à nouveau vent arrière que nous descendons plus au sud.
Le cap Trafalgar, de douloureuse mémoire pour certains, nous attend pour nous balancer à la proue 35 noeuds de vent (65 kms/h). Vent de face. Nous voilà bon pour tirer des bords sur le dernier tiers du trajet. Ca mouille bien, donc ça sale bien, heureusement que le père Amel n'aimait pas être mouillé, il a prévu un système repliable de capote ceinturant bien le cockpit, et nous sommes toujours en maillot à l'abri du vent et des embruns.
De la brume devant nous se dégage tout à coup un sommet élevé, un coup d'oeil sur la carte, c'est bien le continent africain qui se dévoile. Emotion
Un petit coup de pouce du Yanmar (moteur) et nous arrivons à Barbate. Toutes maisons blanches, basses et rectangulaires. Certains pignons ornés de créneaux. Du sable et des résineux aux fines aiguilles. C'est déjà l'Afrique du nord.
Un filet à thon est déployé depuis l'entrée du port jusqu'à 4 kms au large. Insensé, à peine balisé certainement invisible de nuit, mais à qui se plaindre, nous sommes chez eux et ce filet est presque un rituel. Le village a toujours vécu de cette pêche durant les mois d'été. Une passe de 50 mètres est ménagée à la jetée du port et nous nous y faufilons.
Pas de chance, un concours de pêche (au thon évidemment) est organisé par le village et les pontons de la marina sont réservés aux vedettes de pêche au gros, affublés d'un gros siège pivotant sur la plage arrière. Nous sommes relégués avec les quelques autres visiteurs sur un ponton au fond du port... consciencieusement tapissé de guano par les goélands. Enfin on ne va pas se plaindre, on a un robinet d'eau (saumâtre) et quelques prises électriques éparses traînant au bout d'un vieux câble. Le dit câble attaché à une paire de fusibles à l'air libre et posés dans les rochers à l'enracinement du ponton. Mais tout cela fonctionne bien. Quand on vous disait que l'Espagne est en route...
Le Levanter (vent fort d'est) est maintenant bien établi et nous passons la journée du lendemain gîté à 15° sur le ponton. Adieu les belles chaussettes de nos pare-battages.
La chaleur est étouffante, car l'humidité dépasse 90%. Un fin sable rouge vient d'Afrique et se dépose partout sur le bateau, nous obligeant à tout fermer. Heureusement, le courant disponible sur le quai permet de faire fonctionner la climatisation dans le bateau.
Le quai est très international : anglais, irlandais, français, norvégiens , suisses, belges, tous sur des montures très différentes. On commence à présent à sentir le voyage. Certains reviennent d'une année sabbatique aux Antilles, d'autres s'en vont vers les tropiques. Les norvégiens, gars bourrus descendants directs des Vikings auxquels ils ressemblent viennent de faire une grande tournée dans les glaces arctiques avec un énorme bateau " home made " et se réchauffent difficilement les os.
Les francophones (très nombreux sur les mers) se rassemblent pour des apéros où chacun raconte ses petites histoires de navigation et refait le monde (nautique en tout cas).
Déjà dimanche 21 juillet (Oh c'est la fête nationale belge), et l'équipage descendant doit prendre son avion demain. Le vent est plutôt calme au port, et nous tentons de faire le dernier bout de chemin vers Gibraltar. Peine perdue. Le détroit est un haut lieu de la complexité météo et océanographique. Après deux heures de shaker, il nous faut rebrousser chemin et se ranger à nouveau le long du guano ibérique. Aujourd'hui le Levanter c'est le chef. Rompez et sans discussions.
Changement de programme, lundi matin Alban et Yves partent en bus vers Malaga Aeropuerto (4 heures de trajet), non sans avoir fait répéter à notre suisse la quinzaine de mots bruxellois que nous lui avons appris durant ces trois dernières semaines. Délicieux.
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