Voici le récit de Patrick et Patricia de "Nirvana". Ces lecteurs du site de Caramel se sont faits agresser sur leur Roc 129 en décembre 2007 à Sao Luis au Brésil :
"Bonjour Patrick,
nous t'avions demandé quelques conseils pour remonter de Salvador à Trinidad sans moteur et nous aurions du suivre tes conseils et ne pas réparer le moteur ! Mais il se trouve que nous avons trouvé un super mécanicien à Maragogipe sur le Paraguaçu qui a remis notre moteur à neuf. Incroyable, dans cet endroit perdu de l'état de Bahia.
Malheureusement nous avons fait quelques escales en remontant. Explications …
Après deux escales intéressantes et sans problèmes à Recife et Fortaleza, nous avons relâché à Sao Luis. L'accès au mouillage de la marina était délicat (courants, marées de 6 mètres, bancs de sable, pas de balisage...), mais cela en valait la peine.
La ville était magnifique, le mouillage l'était moins : impossible de débarquer à marée basse avec des abords couverts de vase, mauvais accueil au Yacht Club, une taxe arbitraire de 50 réaux demandée à tous les navires ancrés devant la marina (même sans utiliser les installations), et surtout de nombreux vols sur les bateaux (tous les bateaux ont un gardien 24H/24H).
Une désagréable surprise nous attendait pour notre deuxième nuit au mouillage. Alors que nous dormions, descente ouverte, quatre ladrones (= malfrats) venus en barque, pénétrèrent à l'intérieur du bateau. Ils me jetèrent à bas du lit, saisirent fermement ma compagne, et me massacrèrent le crâne à coup de crosse de pistolet en réclamant à grands cris la météo, euh pardon des dinheiros ! (= des sous)
Ne me souvenant pas vraiment où j'avais mis l'argent, je leur indiquais quelques cachettes sans grand résultat. Puis entre deux coups de crosse et après avoir répandu un litre de sang sur la moquette toute neuve et les boiseries vernissées, je réussis à leur trouver quelques réaux, un ordinateur, deux téléphones et quelques colifichets.
L'un d'eux me mit alors le canon de son flingue entre les yeux. Je me demandais à cet instant s'il allait tirer ou me demander le code de ma Visa (on voit la vie d'une façon différente dans ces moments là). Ne trouvant rien de mieux à faire, je décidais de simuler l'évanouissement...
Ma compagne se mit à crier, me croyant passé dans l'autre monde et le résultat fut payant : ils prirent la fuite. Nous envoyâmes quelques fusées pour ameuter une brochette de promeneurs sur la plage, alerter la caserne des pompiers toute proche et éventuellement réveiller les gardes du Yacht Club, mais rien n'y fit. Ils crurent sans doute que nous faisions un remake de la Fête Nationale.
Nous lançâmes quelques Pan Pan et Mayday sur le canal 16 de la VHF. La capitainerie du port de commerce accusa réception de notre appel mais voulut d'abord savoir le nom, la longueur et la largeur du bateau, le nom de mon père, etc... Après une heure de vacation, ils nous déclarèrent qu'aucun bateau n'était disponible pour nous envoyer du secours ou un médecin !
La Police arriva finalement deux heures plus tard, avertie on ne sait comment. Ils prirent ma déclaration au dos d'un sac de chips. Par chance, un des policiers d'origine caribéenne parlait un peu français. Il eut pitié de nous et nous emmena aux urgences de l'hôpital local.
Que dire des urgences de nuit dans un hôpital brésilien ? Cynique et sinistre unique avantage : un touriste blanc au crâne sanguinolent passe avant un pauvre brésilien au corps transpercé par des brochettes à merguez !
Quelques points de suture plus tard, nous retournâmes au bateau. Trop angoissés la nuit suivante, nous confiâmes notre bateau à un pompier contre la modique somme de 100 réaux. Alors que nous passions une mauvaise nuit dans un hôtel, il vidait tranquillement notre frigo.
Sans demander notre reste, nous reprîmes la mer le lendemain. Cap sur la ligne de sonde des 1000 mètres et tout droit jusqu'à Kourou en Guyane, sous la protection hypothétique de la marine Française.
Cette mésaventure ne pouvait arriver qu'aux autres, nous le pensions mais nous n'en sommes plus tout à fait certain !
Terminons par quelques petits conseils : allez dans les marinas, naviguez groupés, renseignez-vous, évitez de rester seul au mouillage, fermez toujours votre descente et si possible sécurisez les capots de pont.
Patrick et Patricia – Décembre 2007
PS : même le fabuloso gato marinero Sikaflex a eu la trouille "
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