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Aventures de Mer



 
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Dans ce chapitre, vous lirez les aventures arrivées à nos amis marins. Elles sont en général pleines d'enseignement pour nous.

Si vous avez des récits du genre à éditer sur le site de Caramel, ce chapitre vous est largement ouvert.

   
   

Le gars Rifuna

“- HEY MAN ! MY FRIEND !”

Déjà, j'aurais du me méfier du look du gars qui m'aborde, black, tee-shirt mité, barbe mitée, … Normalement, le clignotant rouge s'allume. Le gars m 'appelle «  MY FRIEND”. Normalement là, la sirène d 'alarme retentit.

Mais allez savoir pourquoi un voyageur averti comme moi qui en vaut bien deux, va y causer au gars ? A celui-ci qui a tout du petit arnaqueur de rue ! Et vas y que je lui fais des sourires et vas y qu'on est tous frères pas vrai !

« - Et toi t'es qui, mon frère ? « 

„- Garifuna Man , Garifuna , Donno Garifuna ?“

Stop info : quand les héritiers de Colomb : les colons, en ont eu marre de massacrer les indiens Caribes et les noirs marrons, ils les ont déportés sur les bases de pirates des îles de la baie au Honduras et sur les côtes aux alentours, comme ici à Livingstone, Guatemala.

Ce joyeux mélange indien-noir-pirate a donné : le « Garifuna », langue créole où traînent encore quelques mots de français. Il traîne aussi sa démarche nonchalante le long des rues à la recherche du blanc pigeon ou d'une quelconque combine à deux dollars. Mais il y a surtout sa musique Man, sa musique !

Et justement, mon gars se dit musicien. Même qu'il serait venu en France à Carcassonne pour un festival ! (baratin classique de l'arnaqueur : « Vous êtes français ? je connais, j'ai été là-bas, je connais un français qui, … etc ».

“- I play music Man, I play music “

“- Ah bon ! Comme c'est passionnant ! Mais c'est que je veux absolument un disque de vous mon ami ! »

“- Ain't got no disc Man, no disc”

“- Que ne m'en gravez vous point un ! J'en serai si ravi ! »

«- Ain't got no money Man, no money, give me 6 dollars and I go look for a disc Man”

“- Mais bien sûr, mon ami. Tenez ! Ah, je n'ai pas de monnaie. Qu'importe, prenez mon billet de 10 $, vous me rendrez la monnaie, n 'est ce pas ? Nous sommes entre gentleman ! »

Et pourquoi ne pourrait-on pas de temps en temps, arrêter de se méfier de tout le monde, faire confiance aux gens qu'on ne connaît pas, baisser un peu sa garde. Se dire qu 'il y a sûrement quelque part, des gens et des pays qui valent le coup !

Je ne sais pas si cela vous arrive, mais moi ça me prend parfois et ça me donne comme un vertige. Ce serait tellement plus simple. Mais la vie c'est pas ça. Le gars est parti et je ne l'ai pas revu.

Et moi : cool ? Pas du tout ! Comment peux-tu être aussi con. Garifunas de mierda, tous de la racaille ! Pourquoi ne les a-t-on pas tous tués, je vais finir le travail …

Quinze jours plus tard, nous repassons à Livingstone et fatalité, je retombe sur mon gars. Depuis notre rencontre, j 'avais d'abord élaboré tout un tas de supplices pour lui, puis le calme est venu et je l'ai abordé sans haine.

« - Et mon disque ? » L'interpelle-je. «Enfoiré », j'ajoute tout bas.

« - Your disc Man ? Je l 'ai donné à un gringo avec qui tu causais et qui devait te le donner avec ta monnaie ! Man je le jure, je ne suis pas un menteur ! »

« - Mais bien sûr ! Allez dégage ! Tant pis, je ne connaîtrai jamais ta musique ! »

Une heure après, il me tend un disque : « I'm not a lyer, Man »

Je lui tape sur l'épaule et lui dit : « Je ne sais pas pourquoi mais je savais qu 'on pouvait te faire confiance »

Je suis un enfoiré, me dis je, on dirait un homme politique.

La musique m'a paru encore meilleure ce soir là.

Il est bon le garifuna, il est bon !

André (andrerihouay1@hotmail.fr)

 

   
   
   

 

La nuit ne porte pas toujours conseil …

3 décembre 2007 - 17 heures. Frissons d'excitation, nous quittons Trinidad.

 

   
   

 

20 heures. « Je t'assure que ce bateau nous suit, il ralentit quand nous ralentissons, et il accélère en même temps que nous ». Il fait nuit et nous naviguons depuis quelques heures en direction des Petites Antilles.

Nous ne sommes à proximité du golfe de Paria et les multiples histoires de piratage entendues ces dernières semaines nous rendent sans doutes un peu imaginatifs. La nuit, lorsque seuls les feux des bateaux sont visibles, la vitesse, la distance et la taille des autres bateaux sont très difficiles à évaluer.

L'inquiétude me gagne petit à petit, insidieusement : c'est vrai qu'il a l'air de nous suivre. Une demi-heure un peu tendue : nous accélérons, nous décélérons (il n'y a pas de vent et nous avançons au moteur). Ce bateau est toujours sur nos traces, à une distance qui nous paraît se réduire petit à petit.

Le ti'punch que nous savourions sous les étoiles pour fêter notre départ est oublié dans un coin. Et puis soudain, notre poursuivant modifie sa route ; nous le voyons alors sous un autre angle, des feux invisibles jusque là, apparaissent. Sa silhouette se dessine : c'est un super tanker !

Sa route est sans doute convergente avec la nôtre alors qu'il se dirige vers les plateformes off-shore de Trinidad, et il cherchait à savoir s'il passait devant ou derrière nous. Peut-être a-t-il même essayé de nous joindre sur la VHF (la radio), mais nous ne sommes pas en veille. Nos sautes de vitesse, qu'il a sûrement perçues sur son radar ont du beaucoup le dérouter… C'est bon, nous pouvons retourner à notre apéro !

Un peu plus tard dans la nuit, alors que je suis de quart, seule sur le pont, nouvelle rencontre rapprochée. Un navire vient en face de Tuamitoo ; jusque là rien d'inquiétant, ses feux avant sont bien visibles, nos routes sont parallèles. Je le suis sur le radar, et je trouve tout de même que nous sommes bien proches ; j'ai même le sentiment que nous convergeons petit à petit.

 

   
   

 

Je me jette sur le gros projecteur, et j'éclaire nos voiles, ce qui est censé me rendre prioritaire. Lui me fait également des signaux avec une lampe puissante. Intimidation me dis-je, ce ne serait pas la première fois qu'un cargo ou un chalutier essaie de passer en force.

Je suis inquiète, mais je ne modifie pas ma route, sûre de mon bon droit maritime ! Nous finissons par nous croiser, à une toute petite distance l'un de l'autre. Je respire. Et puis soudain, mon sang ne fait qu'un tour : devant moi, très légèrement sur tribord, une masse noire se détache, sans lumière, comme un îlot.

Je descend en trombe pour consulter la carte : nous sommes sur la bonne route, et aucun rocher traître et isolé n'est indiqué (en général, un tel danger sur une route est identifié avant de partir). Soudain, je réalise que mon îlot fantôme se déplace à la vitesse du bateau que je viens de croiser, mais plusieurs centaines de mètres en arrière. C'est une plateforme en remorque ! Le bateau de tête portait en effet des feux inhabituels, en plus de ses lumières de route. Si j'avais révisé avant de partir, j'aurais compris qu'il tractait une remorque !

Ses « appels de phare » désespérés visaient à me prévenir de ne pas couper sa route car il est très peu manoeuvrant. Peur rétrospective ! Je n'ose pas imaginer les vitupérations de l'homme de quart du remorqueur à l'égard des plaisanciers !

 

   

Si les images d'école ont l'air simples, la réalité est plus confuse !

   

 

Notre première nuit de navigation s'est finalement terminée sans encombre, et nous touchons Union, la porte des Grenadines, dans le courant de l'après-midi. Mais Union n'est qu'une étape vers notre but : les Tobago Keys.

Ces quatre bouts de rochers ou d'îlots déserts, protégés du large par une grande barrière de corail, donnent accès à l'enchantement. Les eaux cristallines dans le lagon sont piquetées de patates de corail autour desquelles tournent des dizaines de poissons multicolores…

Ariane et Jean-Philippe / TUAMITOO (ajaquet@free.fr)

 

   
   

L'incompréhension d'une situation nocturne nous est arrivé à tous. Les plates-formes pétrolières en sont parfois la cause. On en rencontre souvent entre Trinidad et le Venezuela et le long de la côte brésilienne au sud de Salvador. Plus fréquent est le sillage erratique du chalutier qui zigzague nuitamment devant nous. A tous les coups, lorsqu'on veut l'éviter par tribord, il vire de ce côté et inversement. Le radar distingue bien ces masses métalliques, mais n'indique pas pour autant les intentions du barreur.

L'évaluation des distances est difficile, combien de fois ne nous sommes pas fait piéger par l'intensité d'un feu le long du Brésil. Il est là sur l'avant un peu à bâbord. Pas de quoi s'alarmer puisqu'il scintille faiblement. Il est loin. Comme on garde un oeil dessus, on s'étonne rapidement de sa vitesse de déplacement. Un speed boat ? Lorsqu'il est par le travers, on distingue à seulement 50 m une grosse bouée de pêche éclairée par un lumignon blafard au bout d'une perche.

Avec les années de navigation et les dizaines de nuits en mer, on découvre toutes sortes de situations qui font le charme des souvenirs et parfois le stress du moment présent.

 

   
   

 

Nous avons perdu le safran et dérivé pendant 26 heures !

La vie est un long fleuve tranquille, on y rencontre parfois de gros cailloux. Nous allons bien, mais nous revenons d'une sacrée aventure : nous avons perdu le safran et dérivé pendant 26 heures ! En voici le récit.

Nous quittons Los Roques ( Archipel au Nord du Venezuela ) par la passe de Sébastopol, le 21 avril 2008 vers 10h30. Navigation dans le lagon en suivant les coraux de l'oeil, nous avons toujours peur de ne pas prendre le bon chemin. Sortie par la passe en pleine mer à 13h30, pour naviguer jusqu'à l'île de Tortuga située à environ 80 milles. Nous avons un vent entre 15 et 23 nœuds. Tout va bien.

A 5 h du matin pour éviter un cargo, virement de bord un peu rapide et crac la barre ne répond plus, aussitôt je pense que le safran est cassé. Je vais voir dans le bateau si les drosses de barre tiennent, aucun problème. Donc c'est bien le safran. Est-ce dû a un OFNI, avons nous heurté quelque chose à l'aller sans dommage apparent, un cétacé ? Je n'en sais rien.

Le bateau n'est plus manoeuvrant, il ne reste plus qu'a appeler des secours. Nous lançons un MAY DAY (SOS) sur le 16 de la VHF. Aucune réponse. Même tentative sur la BLU. Pas de réponse.

Pendant ce temps, le bateau dérive et retourne vers les Roques porté par le vent et les courants. Nous avons à bord le dernier guide Doyle du Venezuela avec des adresses email des Gardes Côtes. J'expédie une série d'emails, mais ils reviennent tous avec « adresse hors service ».

Vers 10h, un navire commercial nous propose de nous remorquer jusqu'à Bonaire mais nous devons monter à son bord. Il vient au ralenti se mettre sur notre flanc. La houle nous projette sur sa coque, occasionnant l'arrachage d'un hauban du mât.

 

   
   

Je mets le moteur en marche pour essayer nous dégager, bien que non manoeuvrant. Ce faisant, notre hélice attrape un de leurs cordages, bloquant ainsi notre moteur, source d'énergie importante, notamment pour faire de l'eau.

La totale, d'une avarie simple, nous comptons maintenant trois avaries : plus de gouvernail, plus de moteur et plus de voiles avec un hauban flottant. Deux autres gros navires veulent nous assister dans la journée mais nous leur demandons seulement de relayer sur les ondes, notre demande d'aide à destination des Gardes Côtes.

Puis un hélico de secours, alerté par un de ces navires veut nous hélitreuiller. Nous refusons d'abandonner le navire, préférant continuer notre dérive à 2 noeuds vers Les Roques. Vers 16h30, une vedette privée de pêche sportive, occupée par des militaires (?) tente de nous remorquer et abandonne vite devant la difficulté de tirer un voilier de 42 pieds.

Ensuite, nous envoyons un mail en France, à notre assureur pour qu'il alerte l'Ambassade de France (l'adresse email de notre guide n'est plus bonne !). Il nous donne la marche à suivre après le sauvetage.

Vers 18h, un cargo s'arrête à côté de nous pour nous protéger de la mer et du vent afin d'attendre les secours des Gardes Côtes qui arrivent vers 20h. Ils abandonnent les opérations à 23h, après avoir cassé l'amarre à deux reprises.

Leurs puissants moteurs et l'amarre de travail nous ont arraché un chaumard, un taquet, une partie du balcon and so on… Finalement excédés par les pertes successives de remorque, ils nous laissent dériver jusqu'à 7h30 du mardi 22, sans nous protéger.

   
   

Autant dire que la nuit fut longue, à veiller que personne ne nous éperonne... Au matin, lorsqu'ils reviennent, nous distinguons clairement les récifs du sud des Roques. Mais grâce à notre cartographie électronique, nous visualisons que nous allons les rater de 3 ou 4 milles pour continuer à dériver vers Las Aves…

Jusqu'à 13h30, ils nous tirent péniblement en cassant la remorque à plusieurs reprises. Finalement, un de leurs gars monte à bord, ce qui simplifie les problèmes de communication. Plus d'efforts colossaux pour saisir les amarres de travail, le panard, ou presque !

Finalement, le remorqueur nous laisse dans un lagon situé exactement … au milieu de nulle part, à deux encablures au sud de Cayo des Aguas. Gentiment, la barque des Gardes Côtes de Gran Roque nous déplace vers un endroit plus abrité à un mille de là. L'endroit est joli comme tout, pas loin du Centre de recherches sur les tortues de Dos Mosquises.

   
   

Suivent ensuite le contrôle médical de l'équipage et le contrôle de sécurité du bateau, après 26 heures de dérive et 6 heures de remorquage éprouvant, c'est la procédure administrative normale... Mais ils nous ont récupérés, c'est le principal et le bateau n'a pas fini à la côte, pas de quoi se plaindre...

Notre équipage a été à la hauteur, pas une seule engueulade, des réactions vives et appropriées, Brigitte a même limité la casse contre le cargo qui tentait de nous remorquer, en bondissant sur les pare battages pour protéger notre flanc tribord qui allait se frotter contre la coque.

Le capitaine a communiqué à chaque fois avec les intervenants dans un Espéranto de circonstance et maintenu le moral des troupes, c'est à dire Brigitte et lui-même. Surtout lorsque les 60 milles qui nous séparaient de la côte des Roques fondaient comme neige au soleil.

Au matin du 23 avril, réveil surprise à 5h45, le Normandia (!) la barge de ravitaillement des îles, est prête à nous remorquer jusqu'à Gran Roque, escortée par un bateau des Guardia Costals. A 9h, nous sommes rendus à plus de 7 nœuds sans trop de secousses alors que le remorqueur de la veille nous avait traînés péniblement à 2 noeuds utiles, tout en nous faisant faire des zigzags hallucinants.

Il faut dire que le commandant du Normandia est un virtuose adulé de toute l'île, qu'il a supervisé directement la réalisation de l'amarrage, qu'il nous a plombé l'arrière du bateau avec un pneu et … la barque des Gardes Cotes à la traîne, un montage d'une efficacité redoutable. Sur la barque, certains des Gardes Côtes étaient tendus, c'est impressionnant de se retrouver à cette vitesse à cinq mètres derrière un voilier qui zigzague et rebondit en permanence.

Depuis, ce sont les démarches qui nous bouffent le temps. L'Administration vénézuelienne est encore plus complexe que la nôtre. Mais on s'en sort...Le Normandia voulait nous ramener sur le continent pour réparation dimanche ou lundi, mais l'assureur s'y est opposé pour le moment car il voudrait nous voir remonter sur Porto La Cruz et non sur Carenero comme le Normandia nous le proposait.

Pour ma part, je rechigne à me laisser remorquer sur 160 milles, c'est très difficile et beaucoup trop dangereux. Du coup, ils étudient la possibilité de nous installer un safran ici à Gran Roque qui serait fabriqué en Martinique ou en métropole. Nous avons déjà réglé le problème du cordage dans l'hélice et celui du hauban arraché, avec deux gars du Soltana et du Dali. Je vais encore renforcer tout ce qui peut l'être au niveau de l'avant saccagé et pour le reste, nous verrons au chantier naval.

   
   

 

Il nous reste à recevoir la visite de l'Inspection des Gardes Côtes de Caracas, démarche administrative normale pour évaluer les dégâts et le coût du remorquage qui est en principe gratuit… Elle devait se faire hier, mañana de mercredi, ou aujourd'hui ou demain, mañana quoi…

Brigitte qui a bien tenu pendant les évènements s'est retrouvée en baisse de forme pendant deux jours, elle semble remonter la pente et se bat en ce moment au Tarot contre l'ordinateur.

Voilà, nous sommes fatigués mais en bon état et Yakapati reste réparable. Ouf !

C'est dommage, il était en parfait état et ces derniers temps, j'avais réglé des problèmes qui traînaient depuis trois ans. J'avais même réglé ceux du moteur HB, le gicleur, le blocage pour le porter, le bouchon du réservoir, la manette des gaz ... C'est reparti pour un tour !

Nous allons avoir le temps d'apprécier chaque recoin de Gran Roque, peut-être allons-nous ouvrir une posada….

Quelques enseignements : ça n'arrive pas qu'aux autres…Le mail reste un outil bien plus puissant que la simple radio. Il est important d'avoir un carnet d'adresses email à jour, celles procurées par les guides voire les serveurs Web doivent être vérifiées. Pour ceux qui ont une BLU, vérifiez que la touche « Distress » fonctionne bien. Refusez un accouplement à un bateau de commerce qui peut détruire votre mât ou votre coque. Un remorquage, ça peut être dur, dangereux, désastreux, exigez ou proposez une prise de remorque sur 4 taquets et non sur un comme l'a fait initialement le Garde Côtes, taquet, chaumard, balcon, tout a giclé. Ne pas utiliser les chaumards qui sont trop faibles pour subir les contraintes d'un remorquage en haute mer. Stabilisez le bateau par des freins à l'arrière pour éviter des embardées destructrices. Ce sont des conseils d'un novice qui vient de devenir expert…

Nous vous souhaitons des traversées moins mouvementées.

Bon vent et plein de plaisir.

Patrick et Brigitte / YAKAPATI ( plautier@aol.com )

   
   

Cette aventure est loin d'être unique, personnellement je connais deux bateaux qui ont eu des mésaventures similaires et un troisième qui a carrément perdu le safran avec la mèche de gouvernail. Il s'est sauvé de justesse en obturant le tube de jaumière…

L'âge du Capitaine et celui du navire n'ont rien à voir avec cet type d'accident, un de ces bateaux était neuf. Il en va de même pour les arbres d'hélice.

Je retiens quelques points à la lecture du récit de mes amis Patrick et Brigitte :

  • le calme du skipper et du mousse qui continuent à réfléchir, minimisent les dégâts et évitent le sur-accident
  • la puissance des forces sur les câbles de remorquage qui peut tout détruire
  • la « délicatesse » de la manœuvre de remorquage. On voit qu'avec un remorqueur averti, les choses se passent bien
  • le « truc » de « lestage arrière  » du bateau remorqué pour lui donner un peu de stabilité
  • le coup du cordage dans l'hélice, vieux comme l'hélice, fait toujours des victimes
  • la solidarité des gens de mer est toujours existante. Bravo au cargo qui a protégé le voilier en attendant les secours
  • le côté aléatoire actuel des transmissions radio, on est bien entré dans l'ère tout téléphone et email
  • la notion de préparation des contacts d'urgence en est profondément modifiée. Il faut partir avec un carnet de téléphone et d'adresses email préparé et à jour

Je rajouterai encore quelques points issus de mon expérience personnelle du remorquage :

  • remorquer un voilier avec son propre voilier n'est pas une chose aisée (même si le remorqué a son safran). La progression est très lente et il faut une longue aussière (100m) pour amortir les coups de rappel. La transmission du moteur n'aime pas ce genre d'exercice et il n'est pas impossible de sentir une certaine odeur de coup de chaud
  • si le voilier remorqué est plus lourd que le sien, ce n'est pas la peine
  • généralement votre contrat d'assurance limite très sérieusement, voire annule votre couverture si vous remorquez un bateau
  • rappelons que ce qui est gratuit, est le sauvetage des vies humaines. Le sauvetage d'un navire et de sa cargaison peut être payant. Il l'est toujours dans le domaine marchand. Dans la plaisance, c'est au bon vouloir du remorqueur

Début mai 2008 : aux dernières nouvelles, un safran est parti de France vers Caracas. Il reste à l'acheminer vers les Roquès et à le placer. Je ne sais pas ce qui sera le plus délicat … Nous vous tiendrons au courant de la fin de l'aventure de nos amis.

Fin mai 2008 : le safran est bien arrivé aux Roques. La réparation peut commencer.

Suite et fin de l'aventure

Ca y est, Yakapati est libéré de sa prison émeraude. Depuis le mercredi 28 mai, il est équipé d'un nouveau safran tout blanc et il nous a conduit jusqu'à La Tortuga du 31 mai au 1 juin en compagnie du bateau Yvlys que nous avions connu au Rallye IDS et qui était venu nous rejoindre le 15 mai avec du matériel de dépannage, sympathique et inattendu.

L'installation du safran a été très facile, surtout lorsque c'est un autre qui fait le plus dur du boulot. Pierre, le dépanneur mandaté par l'assurance, a commencé vers 8h et à 17h tout était bouclé, non sans de multiples griffures et des douleurs pour plusieurs jours car l'accès est difficile et étroit et les efforts se font à bout de bras.

Il a fallu dans un premier temps désaccoupler le pilote supérieur, sortir les drosses de barre après avoir desserré les poulies de drosses tendues par un excentrique. Puis ce fut le tour du désaccouplement du secteur de barre, du retrait de la clavette bloquant la mèche du safran et du boulon la tenant au niveau de l'embase de la barre de secours.

Auparavant, nous avions fixé un bout sur la mèche à l'aide d'un boulon à oeillet qui venait se prendre sur un filetage préexistant au centre de la mèche. Une fois tout ceci réalisé, il ne resta plus qu'à laisser coulisser la mèche dans le tube, suivie par son bout que nous avions fait passer dans une poulie fixée au portique.

Et c'est là que l'inquiétude commença à monter, comment le nouveau safran allait-il se présenter. Le plus simplement du monde, il flottait à moitié avec un angle de 30°, il a suffi que je me mette à l'eau, que je le guide dans l'orifice du tube et que j'applique une légère pression pour le positionner verticalement, puis Pierre depuis la jupe arrière tira sur le bout passé dans la poulie et le tour était joué, moins d'une minute d'opérations alors que cela me semblait hasardeux.

Le remontage de tous les écrous fut beaucoup plus pénible, toujours dans des positions impossibles, c'est certainement plus facile sur un 50 pieds mais Yakapati n'en fait que 42. Pierre n'en était pas à son coup d'essai, il avait réparé récemment un Dufour dans des conditions similaires. C'est donc un intervenant averti et entraîné qui est venu nous installer le nouveau safran.

Finalement, tout est allé vite, je parle de l'installation car nous serons restés bloqués 40 jours aux Roques, le délai le plus important ayant été le délai français à cause des ponts du 1 et 8 mai. Pour ce qui concerne le délai vénézuélien, il aura été raisonnable : 15jours, avec un Pierre qui chaque jour suivait le colis et fournissait un nouveau papier manquant (c'est certainement identique dans tous les pays, y compris chez nous...).

Nous rentrons maintenant sur Trinidad via Margarita pour faire la sortie du territoire. Là-bas nous rencontrerons l'expert maritime qui a été d'une efficacité et d'une présence remarquables. Il nous reste maintenant à réparer définitivement les désordres occasionnés par le remorquage. J'ai pu pendant l'attente et grâce à l'aide de skippers locaux et de l'équipage d'Yvlys effectuer les réparations qui ont masqué les blessures de Yakapati, notamment repositionner un hublot tribord désolidarisé de la coque par le ragage contre le premier bateau qui avait voulu nous secourir.

Nous espérons que nous pourrons continuer à résoudre nos problèmes d'une façon aussi positive que ce que nous avons vécu depuis le début de nos aventures.

Patrick et Brigitte / YAKAPATI ( plautier@aol.com )

   
     

Dernières mises à jour : juillet 2008
patrick@amelcaramel.net

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