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EXPEDITION SUR LE DELTA DE L'ORENOQUE

INTRODUCTION

Logiquement, on passe l'été boréal sous la ceinture cyclonique, c'est à dire en dessous de Grenade. Soit à Trinidad et Tobago, soit au Venezuela. Trinidad est une très bonne étape pour faire la maintenance du bateau et trouver du matériel. Beaucoup de shipchandlers et de chantiers, plus d'un millier de bateaux sur ber.

Trinidad est également à la porte du delta de l'Orénoque. La pointe sud est de l'île est seulement à une dizaine de miles des rios Pedernales et Macareo. Nous avons cherché la documentation pour tenter d'y faire une virée. Dans les guides nautiques (le Donald Mc Street et le Doyle), il n' y a pratiquement rien, c'est à peine si le Street parle du port de Guiria dans le golfe de Paria.

Par hasard, nous sommes tombés sur un document réalisé par un plaisancier anglais méticuleux (Alastair Buchan), qui s'est rendu en juin 1999 dans le rio Macareo (fleuve au centre du delta) et qui a couché ses notes sur papier. Ce dossier d'une trentaine de pages n'est pas édité, mais il est disponible en libre photocopie à Trinidad (je crois au TTSY, se renseigner à Chaguaramas). Nous en avons eu une copie d'un ami français, la tenant lui même d'un autre français qui s'y était rendu en fin d'année 2000. Cette copie contenait des annotations complémentaires réalisées lors de ce voyage. Quelques échanges de mails avec des voyageurs connaissant le Venezuela, et trouvés sur l'Internet grâce Google. Enfin un article dans une gazette bateau de Trinidad de mars ou avril 2002, qui reprenait les commentaires de 4 bateaux scandinaves passés sur le rio fin 2001. Les cartes manuscrites de'Alastair peuvent être téléchargées à la fin de ce dossier.

Nous avions également décidé de faire cette échappée à plusieurs bateaux. Deux est un minimum, trois est parfait. Essentiellement pour des raisons de sécurité technique : pouvoir se remorquer en cas de pépin moteur, d'échouage, d'îles flottantes, de blessure ou maladie. Notre copain Nouchka (Cata Soubise 46) d'Alain et Monique était partant (nous avions déjà fait le Rallye des îles du Soleil avec eux). Crusader (un autre SM 2000) mené en solo par Ian l'était également. Plusieurs bateaux ensemble sont plus dissuasifs pour les pirates éventuels (spanish rats).

Nous avions la base d'informations nécessaires pour nous lancer dans l'aventure, mais il restait plusieurs inconnues qui menaçaient de culbuter notre projet : possibilités de Guiria comme port d'entrée, autorisation nécessaire pour remonter le rio Macareo et surtout exactitude des infos pour la passe d'entrée du rio. Mais tout s'est bien passé. Nous sommes restés 15 jours dans le delta, fin août 2002. C'est la saison humide, mais ce n'est pas un problème, il pleut une fois par jour. Au contraire, on récupère de l'eau (désalinisateur non utilisable). C'est également la saison des hautes eaux. Le rio inonde toutes ses rives et l'eau arrive à quelques centimètres sous les habitations sur pilotis.

Nous avons réuni ci-dessous les informations utiles pour vous aider à réaliser cette expédition plus facilement :

CARTES UK

DMA24404 : Golfe de Paria et 24410 : Serpent's mouth, ou C-MAP (dans les modules Mer des Caraïbes ou Venezuela), mais ces cartes sont fausses pour l'entrée du rio Macareo, utiles seulement pour le trajet Trinidad - Guiria - Macareo.

TRINIDAD

Passer au consulat du Venezuela à Port of Spain pour faire établir une Carta Turistica gratuite pour chaque personne (payant au Venezuela). Plus de passeport nécessaire pour les ressortissants européens. Acheter le pavillon de courtoisie vénézuélien chez Budget ou Peake. Avoir les horaires de marée du sud de Trinidad (à la marina, chez les ships ou sur votre PC, C-map). Se procurer la copie du dossier d'Alistair Buchan. Faire des achats de troc, contrairement à la large gamme de produits cités par Alastair, concentrer ses achats pour les adultes sur : des tee-shirts, des coupons de tissu coloré et fleuri, des robes, des brosses à dents, du dentifrice, des perles pour colliers, une machette (pour un gros échange, une pagaie par exemple). Du matériel scolaire pour l'école : cahiers, crayons de papier et de couleurs, bics. Pour les enfants : des friandises, des ballons. Pour tous : tous les magazines qu'il est possible de rafler avant de partir. Il adorent regarder les images. ATTENTION : acheter également des boîtes de LARIAM (pharmacie West Mall) en prévention contre la malaria (voir page technique Santé - Paludisme).

GUIRIA

Distance de Chaguaramas : 38 miles. Port d'entrée au Venezuela. Accès jour et nuit quelque soit la marée. Ancrer le bateau dans l'immense avant port à l'est de l'usine à glace (à droite en rentrant), à peu de distance du môle (pas de possibilité d'accostage et plus de risque vol). Bonne tenue du fond à cet endroit (vase dure). Attention, très mauvaise tenue du fond entre la jetée des militaires et le quai de l'usine à glace. Le bateau chasse avec 15 nœuds de vent.

Entrer au port en demandant la libre pratique avec le pavillon jaune (Q). Se rendre à terre avec l'annexe avec les papiers du bateau, le clear out de Trinidad (ou d'ailleurs), les passeports de l'équipage. Laisser l'annexe sur le petit débarcadère de flottant à droite de la jetée des militaires, avec chaîne et cadenas. Se mettre derrière (côté escalier), car trafic de grands canots.

Aller à pied chez l'agent en douane INRECA-ACOSTA, voir Angel Acosta qui parle espagnol et anglais. Il est très aimable et efficace. Adresse : 31 calle Bolivar, tél. (0294) 982 00 58 - fax (0294) 982 01 69 Email : grupoacosta@cantv.net. Il lui faudra 24 heures pour vous délivrer le permis de navigation du bateau au Venezuela, valable au moins un an, les cachets de l'immigration dans les passeports, et le ZARPE, sésame du navigateur, qui permet de naviguer d'un endroit à un autre dans le pays. Coût de toutes les formalités en 08/2002 : 62 US$. Le temps gagné est précieux, car les arcanes sont complexes et les nerfs fragiles. L'argent dépensé est largement récupéré au premier plein de gasoil ou d'avitaillement … Au retour, il faudra à nouveau faire escale ici et lui demander un nouveau ZARPE pour un trajet en direction de l'ouest (Margarita, Roques, …) : 40 US$.

La ville a mauvaise réputation, mais nous ne nous y sommes pas sentis en insécurité durant le jour. Un américain qui y habite nous a dit que c'était calme pour le moment. A tout hasard, nous avons rentré les cannes à pêches qui trônaient dans le balcon arrière et évidemment comme partout, il faut remonter son annexe pour la nuit. Nous avons également pour les environnements difficiles, un détecteur de mouvements qui s'installe dans le cockpit au-dessus de la descente et qui rugit de ses 110 db à tout mouvement sur la moitié arrière du bateau.

Avant de rentrer chez INRECA-ACOSTA, traverser la rue pour aller à la BANESCO BANK avec votre carte VISA et votre passeport pour retirer des bolivars (en 08/2002 : 120 US$ = 170.000 bolivars). Cela ne sert à rien sur le rio, mais c'est utile pour boire votre première "Polar" nationale au bistroquet du coin (cette bière n'est d'ailleurs pas terrible, la CARIB de Trinidad est bien meilleure)

RIO PEDERNALES

Distance de Guiria au mouillage du rio Pedernales : 43 miles. Cap sur le rio Macareo avec un stop éventuel sur le rio Pedernales (mais à éviter si c'est possible, car le chenal d'entrée est très long et on y longe des stations de pompage). Attention, même si c'est tentant car proche, vous n'avez plus le droit d'ancrer devant la plage sous l'île de Trinidad ! Cartes marines OK.

MACAREO ENTRANCE

Distance du mouillage Pedernales: 45 miles, mais moins de 70 miles de Guiria à l'entrée du rio en une étape. Calculer son coup pour arriver à marée montante à la passe du rio. Je conseille de passer deux heures après la basse mer, pour avoir un peu de mou dans le chenal. Se donner de la marge par rapport aux tables de marée (exactitude relative). Toutes les coordonnées qui suivent sont en WGS 84.

Arriver au point d'atterrissage RMA 1 situé à 09° 57,1 N et 61° 39,0W et virer vers le point suivant RMA 2 situé à 09° 54,9 N et 61° 38,8 W. Pas de problème de fond jusque là. Distance 2 milles.

Arrivé sur RMA 2, virer vers RMA 3 situé à 09° 54,2 N et 61° 40,7 W en réduisant fortement la vitesse Il est préférable de se tenir actuellement un peu plus à gauche de cette route, cad vers la terre (j'utilise le cross track du GPS et je reste à gauche de la ligne). Les fonds deviennent faibles (2,5 m à marée basse). Caramel cale 2,10 m. Distance 2 milles.

Arrivé sur RMA 3, virer vers Pelican Island anchorage situé à 09° 51,9 N et 61° 38,7 W et se maintenir à 0,3 mile à droite de cette ligne. Toujours peu d'eau au départ, mais les fonds augmentent rapidement ensuite. Mouiller uniquement à l'ouest de Pelican island, car la lagune assèche en partie à l'est. Distance 3 milles.

Navigation exclusivement au moteur et attention au courant qui déporte, un oeil constamment sur la ligne du GPS, l'autre sur le sondeur, car aucun alignement disponible. Etre encore plus prudent à la sortie, car le courant pousse à plus de 3 nœuds. le fond est de sable et de vase dans la passe.

RIO MACAREO

Pas de difficultés particulières sauf entre les milles 31 et 32 (1 mille en amont du caño Nabasanuca), l'île représentée sur le dessin d'Alistair, … n'est plus une île et s'est transformée en haut fond immergé à cause de la saison des pluies. Plutôt longer la rive droite en montant. Les autres dessins du rio sont très suffisants pour la navigation sur le rio. Pour l'exploration des caños latéraux avec le voilier, c'est à faire avec prudence, la mère de tous les sondeurs. Même si c'est sympa d'accrocher la proue et la poupe du voilier entre les arbres, ce n'est pas réaliste. Des millions de moustiques vous attendent, la trompe en avant ! C'est mieux en annexe.

On peut longer les rives de près (moins de 20 m) pour observer la faune et la flore (et le sondeur). Il y a généralement bien assez d'eau (8 à 12 m). Les rives extérieures des méandres (par rapport au courant) sont toujours plus profondes (jusqu'à 30 m) et il faut se méfier de l'envasement des rives intérieures des méandres. On mouille en général au confluent du rio et d'un caño latéral entre 05 et 10 m de fond. Toujours sortir un minimum de 30 m de chaîne, car le courant de 3 nœuds à lui seul impose déjà une sacrée traction.

A l'ancre, les îles flottantes sont difficilement évitables . S'il s'en présente une grosse de jour et qu'on la voit, on peut simplement tourner la barre, et le bateau va partir sur le côté, grâce à l'action du courant. Après le petit déjeuner, un jour sur deux, c'est la taille à la machette autour de la chaîne … Attention : une grosse île flottante peut sans difficultés faire chasser le mouillage et échouer le bateau. Les catamarans n'ont pas intérêt à utiliser une patte d'oie sur le mouillage, car cela triple les chances de retenir des objets dérivants. Pour tailler les îles flottantes, il faut être équipé d'une machette ou d'un couteau à pain bien denté.

La navigation sur le rio se fait essentiellement au moteur, car le courant est de 3 noeuds, toujours vers l'aval (un peu moins à l'embouchure). Mais comme les étapes sont courtes et que le vent est portant pour remonter le rio, on peut porter beaucoup de toile et avancer un peu sous voile, … lentement. Dans l'autre sens, pour la descente vers la mer, c'est vent de face et voile-moteur au gré des méandres. On déboule sur le fond entre 8 et 10 nœuds. Il faut donc programmer sa croisière : 3/4 pour monter et 1/4 pour descendre.

Pour les pirogues, je conseille de canaliser le flux et de protéger un côté de la coque avec des pare battages lors des séances de "cambio". Pas le moindre vol, ni le sentiment que cela puisse arriver. Si on a un problème grave en cours de route : morsure ou blessure par exemple, il est possible d'essayer de joindre par radio la Fondacion La Salle (voir chapitre 12) qui se trouve à Macareo Village à l'embouchure. Ils disposent d'un canot rapide et d'un petit dispensaire, et j'imagine qu'ils pourraient emmener le blessé à Tucupita, à 4 heures en amont. VHF : 16 (plus très certain de la fréquence de veille, mais j'ai vu leur VHF en stand by à côté de la BLU) et BLU : 6.125 kHz USB (ils parlent essentiellement espagnol, un peu anglais).

Il est également possible de demander au même village, avant de remonter le rio, de faire une excursion en forêt mais à pied avec le guyanais Collins qui parle anglais. Il rejoint le voilier avec son canot à moteur et une pirogue. Laisse son fils sur le voilier, le temps de l'expédition dans la jungle avec la pirogue. Durée : 2 jours et une nuit (de hamac), payable uniquement en US$ et discuter le prix. C'est avec lui que nous avons fait la soirée alligators.

ANNEXE (dinghy)

On en fait des heures sur le delta, c'est le seul moyen de transport en dehors du voilier. Elle doit être en bon état, avec un moteur FIABLE. Il faut IMPERATIVEMENT embarquer avec soi pour la balade : un mouillage d'au moins 20 m, des rames, de l'essence en suffisance, une machette, de l'anti-moustique, un ASPIVENIN (serpents, insectes), de l'eau, chapeau, lunettes de soleil, jumelles pour l'observation, appareil photo, une VHF portable chargée (pour communiquer avec l'autre voilier qui reste en stand by sur la fréquence convenue). Un GPS qu'on allumera avant de partir si l'on s'aventure loin dans la forêt. De nuit, deux lampes puissantes au minimum, car on va vider les accus à l'observation.

Idéalement on partira à 2 annexes pour se secourir en cas de besoin. Si on part seul, essayer de se promener à contre courant en partant, car il est illusoire d'avancer longtemps à la rame sur un dinghy, seule la pirogue est efficace pour cela. C'est une des raisons pour lesquelles il faut faire le rio à plusieurs bateaux.

Tout cela à l'air bien sérieux, j'en conviens, mais cet environnement ne fera pas de cadeaux aux insouciants. Ici, la frontière entre les gros problèmes et le plaisir est assez mince. En contrepartie, quelle merveille que de s'y promener et d'observer !

CARTES DU RIO MACAREO

Voici en complément au texte sur le Rio Macareo, les principales cartes du rio. Elles sont issues de l'ouvrage non publié d'Alastair Buchan "Cruising notes to the Rio Macareo". Elle suffisent pour entrer et naviguer sur le rio, elles ont été nos seuls documents. Il n'existe aucune carte officielle d'un service hydrographique. Elles sont libres d'utilisation non commerciale.

Pour télécharger le fichier PDF (275 Kb) : cartes Macareo

LANGUE WARAO

- Katukete Maraisa ? - Yakara Witou = - Bonjour, ça va ? - Ca va bien

Cadeau CARAMEL : voici un petit lexique Français - Warao, que nous avons traduit (au départ de l'anglais, on n'est pas encore des génies de la linguistique !). De quoi faire vos premiers pas.

Pour télécharger le fichier PDF (80 Kb) : lexique Warao

CONCLUSION

C'est une expédition, dans la mesure où l'on doit être absolument être indépendant et emmener avec soi tout ce dont on a besoin. Il faut donc préparer cette croisière pour la réussir. Nous y avons passé 15 jours, mais il est possible d'en passer le double. On peut remonter sur des centaines de kilomètres à l'intérieur des terres, mais il ne faut pas perdre de vue que c'est surtout le delta qui est intéressant. Pour celui qui a le temps, il est possible de remonter le delta par le Rio Macareo et de le redescendre par le Rio Orinoco plus au sud, ou par le rio Manamo plus au nord, en passant par la ville de Tucupita.

Par bien des égards, cette croisière a été meilleure que celle de l'Amazone. Le delta de l'Orénoque est bien moins loin qu'on ne l'imagine et ses escales sont plus enrichissantes que les mouillages devant les plages de sable blanc… Bon, d'accord, on dit qu'on fait les deux.

Bonne découverte.

Mise à jour : 25/09/2002

Cliquer ici pour télécharger cet article (inclus lexique et cartes)


 

Dernières mises à jour : mai 2008
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