Les Aventures de Shana

Aventures de mer

Journées « ordinaires » en Patagonie


Nous arrivons juste à Puerto Natales, fin de notre première étape en Patagonie. Trente sept jours de ballade sinueuse dans les canaux patagons. Nous avons croisé quelques pêcheurs, une poignée de cargos et deux voiliers. Une seule fois, nous nous sommes retrouvés avec un autre bateau au mouillage, la soirée fut excellente, et le lendemain l’un continuait sa route vers le nord et l’autre vers le sud…


Nous sommes ravis de cette première partie. Nous remercions nos prédécesseurs de nous avoir incité à y venir, c’est unique et spectaculaire, encore mieux que sur le calendrier des postes !

Ces trente sept jours sont passés très vite, nous faisions en général une étape par jour. Trente deux escales, 650 milles parcourus.


Très rapidement, de petites habitudes se sont installées. Un petit lever rapide du Capitaine pour mettre en route le chauffage avant de replonger sous la couette. Quand la température a atteint un niveau civilisé, c’est le lever définitif pour préparer le petit déjeuner de «Princesse Céline ».


Mise à l’eau de l’annexe pour enlever les 300 m de cordages qui nous relient à la terre, rembobinage desdits cordages, on remonte l’annexe, l’ancre et en route pour la prochaine caleta, en général 4 à 8 heures de navigation.

A l’arrivée, c’est la manœuvre inverse, on jette l’ancre, on met l’annexe à l’eau, on se dépêche d’aller mettre les bouts à terre, on met un peu d’ordre dans le tas de cordage qui se trouve dans le cockpit et puis on souffle un grand coup !

La quasi-totalité de ce parcours s’est faite au moteur, ce qui pour un voilier n’est pas un must ! Mais le vent étant presque toujours de face, nous n’avons guère le choix. De plus, il change souvent en force, ce qui obligerait à des manœuvres incessantes.


Le bon coté du moteur, c’est que pendant qu’il fonctionne, nous avons le chauffage en permanence et nous fabriquons plus d’eau chaude et d’énergie que nécessaire. Autre point très positif, pas besoin de sortir dehors. Le génial constructeur de ce fier vaisseau, a eu la bonne idée de faire un roof panoramique avec barre intérieure, nous restons bien au chaud et voyons défiler le paysage sous nos yeux. Au loin, les montagnes enneigées, les glaciers avec leurs reflets bleus, les îles, les récifs, les forêts, les oiseaux, les manchots. Tout ce beau monde sous l’éclairage très particulier de la Patagonie. Le soleil joue avec les nuages, les couleurs changent de nuances. Un seul bémol, le soleil n’est pas là en permanence !


Au tout début, la météo a été très gentille, petit vent et soleil. Puis nous avons eu une vague de neige pendant 8 jours ce qui était anormal pour la saison. Nous avions jusqu’à 15 cm de neige sur le pont et il fallait le matin déneiger.  Nous étions ravis surtout au début, ensuite ... un peu moins !  La neige était tellement abondante qu’il n’était plus possible de se promener à terre et la visibilité si faible que la navigation était impossible certains jours.

Après quelques jours d’une météo plus classique, nous entrons dans le détroit de Magellan. Là ça se gâte, vent de 30 à 40 nœuds, grains et  pluie. Le détroit étant assez large, il se forme dans ces conditions, un gros clapot qui casse les reins du bateau et la vitesse chute terriblement. Nous ferons quelques escales prolongées pour attendre que la météo finisse de bouder.


Mais après la pluie, le beau temps. Tout redevient parfait et nous n’en apprécions que mieux le canal Smyth.

Nous étions pressés d’aller voir les glaciers, de s’en approcher au plus près et de faire de magnifiques photos. Cela n’a pas été aussi simple…


Nous allons voir à pied notre premier glacier. Il ne tombe pas dans la mer, une bonne marche nous en rapproche, mais pas suffisamment pour avoir de la glace à mettre dans le pastis.

Nous approchons le second avec l’annexe mais le mouillage est tellement encombré de glace qu’il nous faut repartir avant la nuit.


Sitôt entré dans le fjord du troisième, nous faisons demi-tour. C’est une mer de glace et il faut parcourir 4 milles pour arriver jusqu’au glacier.


Le quatrième sera le bon, la journée est magnifiquement ensoleillée. Plus nous progressons à l’intérieur de ce joli fjord, plus il y a de glace et plus les growlers sont gros. Nous continuons à vitesse réduite, mais il faudra renoncer à aller jusqu’au pied du glacier. Nous sommes cernés de glace et le sillage se referme derrière nous. Vu la saison, il n’y a aucun risque d’être pris dans la glace, mais le bruit des morceaux de glace qui heurtent la coque m’arrache les tripes !

Nous prenons, néanmoins, de jolies photos et ferons le retour sous génois, parmi la glace et sous un soleil éclatant.


De caletas en caletas nous voici arrivés à Puerto Natales, le tiers de notre périple Patagonien est réalisé.

Nous reprenons contact avec la civilisation pour faire les pleins d’eau et de gasoil nécessaire à la prochaine étape.


Antoine et Céline – Shana à Puerto Natales – Décembre 2009 

Nouvel-An original en Patagonie


On vous gâte, encore des nouvelles ! Mais plus honnêtement, il pleut beaucoup et ça nous occupe…


Que vous dire depuis Puerto Natales, lieu de notre dernier mail ? Dans l’ensemble c’est un peu moins bien que précédemment. Il y a moins de ballades à faire, car le terrain est très escarpé et la végétation extrêmement dense. On marche sur un tapis de mousse d’une très grande épaisseur, qui lui-même, repose sur un amoncellement de végétation en décomposition, le tout noyé d’eau.


Ici la pluie est perpétuelle et les cascades se comptent par milliers. Nous voyons toujours des animaux mais en moins grand nombre. Mais par contre, c’est plutôt rare, nous avons vu des visons et des loutres.


Notre visite à Puerto Eden fut plutôt sympa. C’est un tout petit village de pêcheur. Classiquement, les maisons sont en bois, recouvertes de tôle peintes de couleurs vives.


Ici, les gens n’ont pas les pieds sur terre ! Terrain trop escarpé et on aurait constamment les pieds dans l’eau. Les rues sont donc remplacées par des pontons en bois, sur pilotis. Bien sûr, pas de voiture, pas de vélo, absolument aucun engin.


Les gens sont très gentils. En passant devant une maison, nous sommes invités par Lolo à prendre le café chez lui. Ça nous donne l’occasion de voir l’intérieur. En fait les gens sont très pauvres et tout est bricolé avec les moyens du bord, c'est-à-dire peu de choses.


Par contre la télé trône au premier plan. Nous pouvons donc voir le dernier feuilleton chilien, pas moins con que les nôtres. Cependant, question couleur, on n’est vraiment pas à la hauteur. A  l’écran, quoi que ce soit : vêtement, mobilier, tapisserie, peinture ou maquillage, tout est de couleur ultra criante, le pastel n’existe pas, nous ressortons les yeux explosés !


Le lendemain, nous repassons voir Lolo. Il est en train de repeindre partiellement sa maison, en rouge vif… Je n’ai jamais vu un tel gâchis de peinture. Echelle, sol, mains, vêtements, visage, il y en a partout !!


Les risques de projections étant très importants, nous avons donc laissé l’artiste à son travail, après l’avoir assuré que c’était très joli.


Nous passons Noël à Puerto Eden avec André, déjà plusieurs fois rencontré. Le mauvais temps est installé, 40 nœuds et le bateau remue pas mal derrière son ancre. Pour annuler cet effet de roulis, nous débouchons quelques bonnes bouteilles, c’est efficace !


Nous reprenons la route.  Direction Seño Iceberg. Nous tentons une nouvelle fois, d’aller voir de près un glacier. Cette fois c’est un grand succès, il fait beau et nous nous en approchons à moins de 300m. Comme un autre voilier nous accompagne, il prend « Shana » en avant-plan.


C’est un joli spectacle. Les nuances de bleus et de blancs sont très jolies et changent en fonction de l’éclairage. Ce qui est étonnant, c’est le bruit, on entend très souvent le glacier qui se fend, c’est comme un coup de tonnerre.


Aujourd’hui 31 décembre 2009, niché au fond de la caleta Point Lay, le temps est à la pluie, ce qui malheureusement devient une habitude ces derniers temps. Les perspectives pour le réveillon sont assez modestes, pour ne pas dire inexistantes.


Le capitaine après déjeuner, prend un repos absolument injustifié, il est soudain réveillé en sursaut par les hurlements de Céline, la terre vient très certainement de s’ouvrir en deux. Non… c’est seulement un autre voilier qui arrive !


Il s’agit d’un joli bateau anglais de 17 mètres avec à son bord un couple et leurs deux filles : Caitland et Morgause. Voilà une agréable surprise qui va amener un peu d’animation dans ce coin perdu sous la pluie.


Le bateau vient se mettre à couple et nous faisons connaissance. Après le dîner, une fois les filles couchées, nous recevons Carl et Te pour un petit drink, qui finalement durera. En effet, il nous faut porter un toast à la nouvelle année, une première fois à l’heure anglaise, puis française et enfin chilienne.


Nos British sont assez originaux, nous aurions pu penser que le blazer allait être de rigueur, mais Carl arrive en jogging avec ses chaussons en forme de pieds de singe. Quant à Te, la tenue ne ressemble strictement à rien, nous avons beaucoup de mal à savoir s’il s’agit de robe de chambre, d’un peignoir ou d’un kilt. Une seule chose est certaine, l’assortiment des couleurs est typiquement britannique !


Carl a un visage pétillant de malice, il passe son temps à plaisanter et faire des gags. Il ne lui manque que le nez rouge pour être clown. Te est plus sérieuse mais tout aussi décontractée, elle nous parle de leur voyage débuté il y a 4 ans. L’ambiance à bord de leur bateau est particulièrement détendue, rien ne semble avoir prise sur la bonne humeur de Carl et quelque soit les problèmes rencontrés, c’est considéré finalement comme une aventure bien drôle !

A minuit nous sommes sur le pont, Carl avec ses pieds de singe et Te avec sa tenue de concierge de bas étage, nous faisons un vacarme de tous les diables avec la corne de brume, absolument certains de ne pas être poursuivis pour tapage nocturne.


Le lendemain, après nous avoir souhaité à nouveau de bons vœux, nous échangeons nos adresses. Nous avions déjà remarqué qu’il s’agissait de gens plutôt aisés, le bateau représentant déjà un joli paquet de livres sterling.


En regardant de plus près leur carte de visite, nous découvrons qu’il s’agit de Lord and Lady Hol. Nous apprendrons dans la conversation, qu’ils possédaient avant ce voilier, un bateau à moteur de 20 mètres pouvant aller à 40 nœuds et consommant la bagatelle de 800 litres à l’heure ! Faites le calcul à 1 euros du litre…


Bref, ce sont les Anglais les moins coincés qu’il m’ait été donné de rencontrer et nous avons passé une excellente soirée avec eux. On peut donc être Lord, avoir le sens de l’humour et ne pas ressembler à un mannequin de cire du musée Grévin.


Carl nous a officiellement invités au château, en septembre 2018 pour les vingt ans de Caitland. Il n’y aura que des gens un peu fous m’a-t-il dit. Nous y serons.


Antoine et Céline sur Shana en Patagonie - Janvier 2010 

Shana égrène les perles du Pacifique


Nous nous étions quittés la dernière fois à Raïatea, depuis nous sommes passés à Huahine, Bora Bora, Maupiti (image ci-dessus) et Mopelia. Les perles de nos îles polynésiennes.


Il est vrai, qu’elles sont un peu touristiques, surtout les deux premières, mais ce sont réellement, les plus beaux atolls que nous ayons vu.

Même en y passant pour la deuxième fois nous sommes sous le charme. L’eau claire, les teintes de bleu, couchés de soleil, etc…


Et puis la gentillesse de la population est étonnante. Désormais nous ne nous déplaçons qu’en stop, ça marche étonnement bien. Les gens se déroutent, pour nous amener ou l’on veut, on a beau leur dire, de nous laisser là, qu’une autre voiture nous prendra dans moins de 2 minutes, rien à faire. Et puis pendant le trajet nous avons droit aux commentaires, infiniment plus drôles que les explications du « Lonely Planet».


Mopelia sera notre dernière île polynésienne, elle est très agréable. La passe d’entrée est particulièrement étroite, comme taillée dans le corail, nous reviendrons y plonger, c’est un vrai réservoir à poisson. 


Les bateaux d’une autre nationalité sont toujours étonnés : nous autres Français sommes constamment à la recherche de nourriture !

Et oui ! Braves gens, nous préférons la langouste et le crabe de cocotier, au corned beef. Et ici nous n’en manquerons pas.


Pour prolonger le plaisir, certains iront jusqu’à en emmener vivant, les enfermant dans un coffre et les nourrissant de noix de coco !

Mais toutes les bonnes choses ont une fin et il faut reprendre la route, direction Palmerston.


Ce petit atoll, dépendant des Iles Cook, est très particulier par son histoire.  


William Marsters, sujet de sa gracieuse Majesté arrive sur cette l’île déserte vers 1850, il va diviser l’atoll en 3 zones, qu’il attribue à chacune de ses trois femmes !


William va organiser, avec rigueur et dans la plus pure tradition religieuse britannique, la vie de ses femmes et ses enfants. Sa polygamie, était effectivement, une petite entorse aux préceptes religieux, mais est ce rare chez nos hommes politiques ? Et si loin de tout, la prudence conseillait d’avoir des pièces de rechange ...


Donc aujourd’hui, la moitié de la population est descendante directe de William Marsters, la moitié seulement, car heureusement, il était interdit de se marier entre frère et sœur, ainsi qu’entre cousins.


L’île est très bien organisée et il règne une saine ambiance. La tradition veut que chaque voilier de passage, soit pris en charge par une famille. Ce sera donc Willy Marsters qui viendra nous accueillir, nous prêtera son mouillage, nous invitera à déjeuner et nous fera visiter son île.

Malheureusement le mauvais temps nous interdira de redescendre à terre et après deux jours au mouillage nous partons pour Wallis.


Wallis est une bonne surprise. Nous n’avions aucune idée de ce que pouvait être cette île. Le nom est connu, mais cette île, si loin de la métropole et du tourisme, n’est pas à la mode et c’est parfait.


C’est un joli atoll avec une grande île principale, assez verdoyante. Si la  population n’est plus polynésienne, mais mélanésienne, elle est toute aussi agréable. Nous abuserons du stop. Même les gendarmes nous prendrons en stop, après nous avoir dit que c’était interdit !


Cette petite île de 8.000 habitants a un pourcentage incroyable de fonctionnaires. Gendarmes, policiers, employés municipaux, douaniers, assistantes sociales, dentistes, médecins, hôpital, deux dispensaires. Tous les soins sont gratuits ainsi que les médicaments, nous en avons donc profité. Nous avons même découvert une inspectrice du travail que je plains sincèrement car trouver un individu qui travaille autre qu’un fonctionnaire, ne doit pas être facile !


C’est à regret, que nous quittons cette bien sympathique escale, pour rejoindre Futuna.


Futuna est très différente, car ce n’est pas un atoll et donc le mouillage ouvert sur l’océan n’est ni joli, ni très protégé. Nous y passons deux nuits avant de faire route vers les Fidji.


Certes nous sommes contents de notre séjour aux Fidji, mais néanmoins un peu déçu. Nous nous attendions à de très beaux spots de plongée avec de beaux et bons mouillages, ce fut plus que moyen. Le plus intéressant fut le coût de la vie, qui nous a permis, après la coûteuse Polynésie Française d’aller au resto et de savourer la bonne cuisine indienne. Ici la moitié de la population est indienne, Céline a passé en revue, la quasi totalité des boutiques de saris.


La traversée des Fidji à la Nouvelle Zélande, sera un mauvais moment à passer. Nous sommes au près, le bateau gite, la mer est agitée et très désordonnée, nous faisons des embardées pas possibles, un vrai shaker !


Pas moyen de bouffer correctement, c’est pique-nique matin, midi et soir. Il faut se battre avec le morceau de pain qui se barre, pendant que le beurre tombe du couteau et vient se loger entre le meuble et la gazinière.


Quand l’infâme sandwich est ingurgité entre deux embardées du bateau, l’estomac commence lui aussi à s’agiter. Il est grand temps d’aller prendre un peu l’air. L’air, c’est un grand mot, car sitôt dehors tu as droit au rinçage !


Autre détail pratique qui va sûrement vous passionner : les WC ! Pas question de les utiliser, tu es sûr de finir décalquer sur la cloison d’en face, coiffé de ta propre me..de.


Donc recette : se mettre à poil, aller dans la jupe et ch..r  par-dessus bord, pas besoin de tirer la chasse d’eau, tu es déjà semi immergé et le prélavage est déjà fait.


Tu crois que pour  dormir c’est mieux ? Et bien non ! J’envie les clandestins nord -africains logés à ­60 dans un container qui ont plus de confort.

Pas question d’utiliser les couchettes, nous dormons par terre coincés, entre le puits de dérive et le réservoir d’eau, profitant à droite, du bruit de la mer et à gauche de l’eau douce se fracassant sur les parois des réservoirs. Quant à nos malheureux corps, ils sont, au gré des vagues, écrasés sur cloisons ou plancher, gravant l’empreinte de nos os dans le bois.


Vous croyez que j’exagère ?...............Oui peut être un peu !

Mais, mais, mais, vieux dicton breton, qui change tout : 

« Plus tu en chies en mer, plus belle sera l’escale »!!!!!


C’est comme ça, qu’après 365 jours de mer, certains marins ont pu trouver des îles sordides infestées de moustiques, divinement tropicales et les chèvres locales ayant un goût de vahiné.


Pour nous la Nouvelle Zélande va donc être particulièrement appréciée.


Comme vous pouvez le constater, au travers de ce récit, notre vie n’est pas facile !

Bientôt deux ans et demi que nous sommes partis, et nous n’avons même pas pris un week-end, encore moins de vacances !

Nous allons réparer ça, en prenant deux mois de congés. Nous irons en France, il parait que c’est un joli pays !


Bisous d’Antoine et Céline sur Shana - décembre 2010

Langoustes sur Shana en Nouvelle Zélande



Mon stylo était un peu encrassé et je n’arrivais pas à mettre la main dessus mais je l’ai finalement retrouvé hier ! Alors, parlons un peu de cette Nouvelle Zélande que nous avons eu tant de mal à rejoindre.


Eh bien, ça n’a pas vieilli, nous l’avons retrouvée identique, toujours aussi verte et accueillante. Nous  nous plaignons habituellement que les choses se dégradent, que c’était mieux avant. Voici au moins un pays qui y échappe !


L’arrivée en Nouvelle Zélande commence par les formalités. Ici c’est un peu plus tatillon qu’ailleurs, notamment pour ce qui est de la nourriture. Beaucoup de produits sont interdits et malgré tous nos efforts de diversion, notre fort sympathique officier de la santé finira par mettre la main sur nos précieuses boîtes de confit de canard !


Nous sillonnons la Baie des Iles, qui est un concentré de petits ancrages, plus beaux les uns que les autres. Non seulement les îles sont belles, mais en plus on y trouve de nombreuses jolies ballades à faire.


Nous  descendons ensuite à Whangarei en faisant quelques escales, je trouve des langoustes mais il faut sortir la combinaison 5mm car les eaux ne sont pas très chaudes.


Nous connaissons bien Whangarei, c’est une sympathique petite ville et la marina est très exactement au centre, donc réapprovisionnement très facile.


Nous profitons des quelques pubs très fréquentés ou règne une bonne ambiance. La clientèle est très variée, il est très drôle d’observer les gens. Ici le complexe n’existe pas. Chacun porte la tenue qui lui convient, cela peut aller de la robe la plus excentrique aux couleurs affreusement britanniques, à la tenue de travail avec gilet fluo et bottes, costume cravate, uniforme de vendeuse, mini-jupe ultra courte.


Une chose est sûre, on reste fidèle à son look. Le Papy qui était motard à vingt ans, porte toujours sa tenue Harley Davidson. Sa Mamy est toujours aussi fière de ses tatouages. Les Hippies sont toujours hippies, le cheveu est plus rare et blanchi mais toujours long. Pas comme chez nous ou nos leaders soixante-huitards en costume cravate sont rémunérés par l’Etat !


Les « Kiwis » sont toujours aussi gentils. Il est très facile d’entrer en contact, c’est ainsi que nous faisons connaissance de Andy et Irène qui vont devenir de bons copains. Ils ont construit un très beau catamaran à moteur et nous passons de nombreuses heures à parler de construction navale.  


Andy a un autre intérêt, c’est un passionné de plongée bouteille. Il connait la côte comme sa poche et nous donne tous les bons coins pour trouver des langoustes, moules, huîtres et coquilles Saint Jacques.


Désormais, nous avons notre réserve de coquilles Saint Jacques. Il suffit d’ancrer le bateau au-dessus et en utilisant mon narguilé, je vais à la cueillette. On se fait de vrais festins !


Nous allons avoir de la visite pour la fin de l’année, Sonia et Christian embarquent. Nous visitons les nombreux et magnifiques mouillages de Great Barrier Island ainsi que Coromandel.


L’ambiance à bord est excellente, un couple de canadiens français va renforcer l’équipe pour fêter Noël et le premier de l’an. A six, nous ferons plus de bruit que tous les autres bateaux réunis. Nous nous sentons bien seuls quand ils reprennent l’avion.


Nouveau petit tour dans ce labyrinthe de mouillages et retour à Auckland ou Michel et Annick viennent  nous rejoindre pour prendre soin de Shana pendant notre retour en France. Nous revenons à Whangarei pour prendre l’avion vers la France pour des « vacances » de deux mois.


Ce petit retour en France, programmé depuis longtemps, est surtout destiné à nos parents. Nous en profitons bien sûr pour voir famille et amis. Nous sommes toujours merveilleusement reçus, il faudra encore faire régime à notre retour, mais comment résister aux plateaux de fromage !


Nous retrouvons avec plaisir « Shana » qu’Annick et Michel ont bichonné. Nous ne passons hélas que quelques jours ensemble. Puis, nous sortons « Shana » au sec pour une toilette de printemps, huit jours suffiront.


Nos pensées s’orientent maintenant vers la Nouvelle Calédonie. Jour après jour, nous scrutons le ciel dans l’attente d’une météo favorable. Rien ne vient, mais comme nous avons un rendez-vous à Nouméa pour le 21, nous partons malgré tout. Je ne vais pas encore me plaindre de la navigation, vous en avez ras le bol et Céline aussi ! Nous arrivons donc sains et saufs pour récupérer dans les délais, sœur et beau frère avec qui nous parcourons le lagon.


Nous retrouvons aussi  beaucoup de très bons amis à Nouméa, nous allons donc y traîner un peu et profiter les uns des autres. Ensuite, nous entamerons la remontée de la côte est de la Nouvelle Calédonie, rejoindre le Vanuatu et pour finir, redescendre en Nouvelle Zélande avec l’idée de plonger tout au sud jusqu’à Steward Island.


A suivre …


Bises de Céline et Antoine sur Shana – Juin 2011 

Shana de Nouvelle-Calédonie au Vanuatu 

ou de mines de nickel aux cocoteraies ...


Allons-y pour la suite des aventures de « Shana » !

Après six mois passés en Nouvelle-Zélande, nous avions mis cap sur la Nouvelle-Calédonie. Nous ne parlerons pas de la traversée ! Vous êtes fatigués de m’entendre me plaindre !


Donc, arrivée fin mai sur Nouméa où nous retrouvons un tas de très bons copains qui vont se mettre en quatre pour nous recevoir. Il y a d’abord ceux qui vivent ici, en général des «voileux» que nous avions rencontré sur l’eau au précédent voyage, il y a aussi des « bohémiens des mers » dans notre style que nous retrouvons au mouillage, de plus en plus encombré, de Port Moselle. J’ai aussi retrouvé un copain de collège qui comme moi, a astiqué les bancs de «Saint Gabriel». Nous avons des tonnes de souvenirs à repartager. Bref, notre agenda est plein et nous passons de très bons moments dans une bonne odeur de cuisine française qui nous fait oublier les relents du «Fish & Chips». Les franches rigolades sont toujours au rendez-vous.


Nous nous baladons dans le très joli lagon sud de la Calédonie. Il y a beaucoup de jolis mouillages où nous alternons entre balades à terre et plongée. Ici les fonds sont assez jolis, l’eau est claire et en plus il y a du poisson, du poulpe et de la langouste. Grâce à Norbert, nous découvrons la « loche saumonée » (image ci-contre) qui deviendra notre poisson attitré.


Je ne suis pas un fana de poisson mais cette loche, c’est vraiment le top. En plus, ce brave poisson pas très rapide, est bien trop curieux. Ce qui me laisse quelques chances de lui faire la peau. Nous profitons de tous les coins célèbres : l’Île des Pins, la baie de Prony.


Nous décidons de contourner la Nouvelle-Calédonie par l’Est, laissant de côté les îles Loyauté que nous avions déjà visitées. La côte Est est protégée par une barrière de corail et nous naviguons donc en toute tranquillité à l’intérieur du lagon. Nous avons décidé de prendre notre temps, nous visitons pratiquement tous les mouillages, faisant peu de milles à chaque fois.


La côte Est s’appelle «la côte oubliée», on y voit très peu de gens, encore moins de villages. On nous avait parlé de Yaté, Touho, Hienghène, nous sommes surpris par la petite taille de ces villages. En revanche, nous trouvons quantité de sites miniers, qui sont très visibles depuis le lagon. Le nickel est le sang qui fait vivre la Calédonie, les mines font partie de l’histoire du pays.


Notre première mine sera celle de «Ouinné». Là, c’est génial. Nous disposons d’un petit port naturel où le bateau est particulièrement bien abrité et grâce aux recommandations de nos copains Joël et Norbert. Nous sommes reçus à bras ouverts.


«Ouinné » fut une grande mine, la famille Montagnat y débarqua dans les années 70 avec plus de courage que de moyens. Tout était à faire dans ce lieu oublié qui, encore aujourd’hui, n’a ni téléphone, ni électricité et n’est toujours pas accessible par voie terrestre.


Nous avons rencontré fils et petits-fils Montagnat, des gens passionnants au solide vécu. La mine s’est avérée riche et du simple campement, ils sont passés à un village qui a abrité jusqu'à 300 âmes.


C’est un village construit de toutes pièces pour les besoins de la mine, avec école, dispensaire, radiocommunication, magasin, générateur, etc. Un petit royaume indépendant.


De nos jours, il n’y a plus d’extraction de minerai. On retraite seulement les anciens déblais. Mais, la société Montagnat possède une petite flotte d’hélicoptères qui sont basés et entretenus ici. Nous allons sympathiser avec Tom et Liam, père et fils, en charge de l’entretien des appareils. J’adore, c’est comme une clinique, tout y est propre, bien rangé et on ne bricole pas, que du travail tip top ! J’apprends beaucoup sur la technologie de ces appareils qui sont infiniment plus compliqués que ce que ma petite cervelle avait supputé !


Cette escale, initialement prévue brève, va durer plus de huit jours. Nous quittons avec beaucoup de regrets ce petit royaume oublié où nous aurions volontiers posé notre sac. Merci à vous tous pour votre accueil !


Nous aurons aussi une expérience sympa dans une autre mine. Celle-ci est très grande et en pleine activité, un minéralier est sur place pour être chargé. Une noria de camions déverse le minerai dans des barges que des remorqueurs amènent le long du minéralier pour le charger à bord.


On nous propose gentiment de monter à bord d’un remorqueur et de faire une rotation, c’est très instructif. Dans l’après-midi, je ferai du stop pour être pris à bord d’un camion, qui lui monte à la mine chercher du minerai.



Après un bon mois et demi, de mouillages en mines, nous arrivons à la pointe nord de la Calédonie où nous avons rendez-vous avec Jean et Josy, propriétaires du gîte «Le Relais de Poingam ». Nous nous étions connu voici douze ans. Ce sera l’occasion, entre autres, de rencontrer Michel, joyeux personnage qui distille non plus le Cognac mais les feuilles de Niaouli, pour en extraire l’essence. Le procédé est très simple, mais une bonne expérience est nécessaire pour obtenir rendement et qualité.

Encore quelques mouillages pour arriver à Koumac, dernière escale avant de quitter la Nouvelle Calédonie. Encore des gens sympas ici aussi. Cette fois, nous irons voir le terrain de Jocelyne et Philippe, 35 hectares plus que sauvages, dans le coin le plus reculé de la partie la plus isolée de toute la Calédonie. Ils y ont vécu quelques années comme devaient probablement vivre les pionniers du Far West. Ni eau, ni électricité, ni route, ni pont, passage à gué et pas de passage si grande crue. L’aventure est donc encore possible, encore faut il être aventurier ! Y en a-t-il encore ?


Au revoir Nouvelle-Calédonie, cap sur le Vanuatu.


Nous arrivons à Luganville sur l’île d’Espirito Santo. Formalités incontournables dont le prix a hélas une tendance inflatoire : plus d’un mois de salaire d’un ouvrier local ! Mais bref, je suis heureux de l’apprendre, nous sommes des gens riches...


La température est bien plus élevée qu’en Calédonie et la végétation est devenue tropicale. J’aime beaucoup ces paysages luxuriants. C’est l’anarchie, les plantes du sol montent à l’assaut des arbres, les branches de certains arbres plongent vers le sol pour reprendre racine. Très forte humidité, plein d’odeurs.


En dehors de Port Vila, qui à l’échelle du pays serait comparable à New York et où Luganville serait Paris, on oublie toute civilisation. Ici on ne vit qu’avec et grâce à la nature. La règle est la même pour tous : tu veux un toit, alors va couper ton bois, tes palmes, tes bambous et construis. Tu veux du poisson, alors creuse une pirogue et va pêcher. Tu veux des légumes, alors débroussaille et plante. Tu as besoin de vêtements, alors ramasse les cocos, fais le copra et vends-le.


Tout le monde est à la même enseigne, la nature est généreuse et les gens l’utilisent avec beaucoup de savoir-faire. Ils fabriquent tout : panier, tapis, maison, pirogue, médicaments, boisson, ... On n’achète pratiquement rien, tout est trop cher. Ça paraît un peu trop idyllique et c’est vrai. Le confort ici, n’a rien à voir avec le nôtre. Feu de bois, terre battue, ni table, ni chaise, ni armoire, ni lit, garde-robe quasi inexistante, nous n’accepterions pas de vivre comme eux. Néanmoins, nous sommes surpris par la qualité de la vie. Les gens sont très sympas, extrêmement polis, très souriants, toujours prêts à discuter. Ils vous proposent bananes, légumes, coquillages, pas dans le but de vous soutirer de l’argent, le geste est souvent gratuit. Bien sûr nous payons, mais plus souvent nous échangeons contre des objets usagés ou devenus inutiles pour nous.


Nous disposons de peu de temps. Sur l’île de Espirito Santo, nous ne ferons que trois escales. Les deux premières pour revenir sur nos propres traces d’il y a douze ans. Mais sans nos copains « Heureux » et « Basile », cela n’aura pas le même charme.


Fabrice nous avait conseillé d’aller voir son ami Marc, propriétaire de l’île de Ratua, magnifique perle entourée d’eau claire, que Marc a transformée en « Resort » haut de gamme. Tout y est traité avec raffinement et bon goût. Rien que les bungalows importés depuis Bali valent le détour, sans parler du ranch, de l’aérodrome et du restaurant ! Prenez le temps d’aller voir le site Ratua Private Island ou mieux, allez y passer des vacances pour vous ressourcer.


Ensuite cap sur l’île de Malekula, quelques petites escales, avant de trouver notre spot favori : Port Sandwich.


Ne vous laissez pas impressionner par le mot «port ». Ici rien d’industriel, il n’y a qu’un modeste quai déglingué de 10m de long, nulle agitation, aucune pollution, pas un bruit, sinon le meuglement des vaches. Un seul et unique bateau y vient le mardi et repasse le jeudi. Le mouillage est bien protégé et joli, nous n’y serons d’ailleurs pas seul.


Sur la plage, Roch et Noëlla ont construit un petit resto-yacht-club aussi charmant que modeste. C’est devenu le lieu de rencontre, on y entend d’étonnantes conversations. En effet, malgré l’absence de réception télé ici, Roch est au courant de tout, y compris de la politique française. Il connait infiniment mieux que moi les éminences qui nous gouvernent.


Le village de Lamap est à 20’ de marche, nous y allons régulièrement pour acheter du pain. Il est cuit au feu de bois dans des fours très primitifs. La pelle à enfourner est un morceau de tôle ondulée rouillée, fixée au bout d’une branche. Ne cherchez pas l’estampille du service vétérinaire, il est très bon et se conserve bien, c’est tout ce qui compte.


Sur la route, nous faisons plein de rencontres. Les gens nous saluent toujours très poliment. Parfois on se met à discuter, c’est d’autant plus facile qu’ici on parle Français, puisqu’il y a une mission catholique. Nous finirons par avoir nos petites habitudes, les gens nous connaissent et rigolent de nous voir passer sur nos bicyclettes, nous ferons de belles balades.


Pour mon anniversaire, une grande soirée est organisée chez Roch et Noëlla. Ils mettent les petits plats dans les grands, décorent la table, trouvent de la musique, fabriquent une affiche de bienvenue, le tout pour une somme qu’un de nos mendiants aurait refusée.



Après ces festivités, nous bougeons le bateau pour aller au fond de la baie. Il y a un autre mouillage d’où l’on voit une magnifique cocoteraie plantée sur deux petites collines verdoyantes. Je tombe amoureux du coin et puis la famille qui vit là bas me plaît beaucoup. Il y a d’abord Cendrina, une petite fille de cinq ans, très intimidée par le vieillard que je suis devenu et qui très lentement nous révèlera un sourire magnifique. Nous deviendrons de grands amis, dommage que mon «bichlamar» (la langue locale) soit aussi inexistant ! Elle est élevée par ses grands-parents.

Ezéchiel, le grand père, est pas mal aussi, petit bonhomme dont personne ne sait l’âge, même pas lui. Nous avons beaucoup de problèmes de communication, il parle moitié anglais moitié «bichlamar». Il est très bavard, n’a plus une dent et est sourd comme un pot. Mais ces détails le laissent imperturbable. Pasteur presbytérien, il a construit une toute petite église qu’il nous fait visiter. Nous devons nous plier au rituel, nous déchausser et subir un interminable prêche d’où il ressortirait 20’ plus tard - si j’ai tout compris - que nous sommes les bienvenus. Amen !

Sarah, c’est la grand-mère. Elle parle Français. Ouf, quel soulagement ! Elle servira souvent d’interprète pour son mari. Elle aussi le trouve très bavard et rigole beaucoup de me voir l’écouter avec autant de patience. Il y a longtemps qu’elle le laisse prêcher dans le désert ! Nous apprendrons beaucoup de choses grâce à elle.

Le dernier personnage, c’est David, le cousin. Il vit ici pour donner un coup de main, petit coup de main, le courage n’est pas sa tasse de thé. Par contre gentillesse et sourire sans compter.


Nous avons plein de petits cadeaux pour eux qui nous vaudrons en retour, bananes, œufs, etc. Il faudra trois heures pour expliquer à Ezéchiel que nous apprécions le cadeau, mais que le poulet vivant à bord, ce n’est pas une bonne idée !


Rendez-vous est pris pour demain, on va faire du coprah. Pour ceux qui ne sont pas au courant, voici l’opération : on prend la noix de coco, on la fend en deux, on récupère la pulpe, on fait sécher, on met en sac et on vend (320 euros la tonne).

Ici les choses ne sont pas comme chez nous, on ne travaille pas pour gagner des sous, on travaille par ce qu’il faut des sous. Dans le cas présent, la femme de David est partie dans une île voisine voir sa famille, David aimerait bien qu’elle revienne car il en a marre de faire la cuisine, mais elle n’a pas l’argent pour le billet de retour, donc la famille va faire du coprah pour payer le billet de retour.


La cocoteraie étant sur une colline, il faut commencer par balancer les noix de coco. Elles vont dévaler la pente là où le travail pourra vraiment commencer. Je saisis la hache et fends les noix. Ce n’est pas si facile car je vous rappelle que c’est rond ! Puis si on ne la coupe pas au milieu, la suite ne va pas être plus facile. Ah oui, autre détail, j’avais oublié que le travail donne des ampoules ...


La partie récupération de la pulpe se fait avec un outil spécial et ici encore, il faut du doigté pour être efficace, ce qui ne sera pas mon cas. Sarah ne comprend pas qu’on vienne travailler avec eux, elle veut toujours que je me repose, il faut dire que nous faisons cela en plein soleil et tout le monde transpire à grosses gouttes. Bref, une expérience sympathique qui meuble la journée.


Je prospecte dans le coin et trouve un joli petit endroit où je me vois déjà en train de construire mon faré. Petite plage, bon mouillage pour les bateaux de passage, vue exceptionnelle, pas de problème avec le plan d’occupation des sols, l’urbanisme, l’assainissement, le permis de construire, l’endroit est parfait.


Ezéchiel, à qui j’ai dit que j’aimerais bien vivre ici, est prêt à me donner le terrain et un accès à la source d’eau, il voit la chose déjà faite et me demande trois fois par jour si je vais revenir très bientôt. La notion d’années lui échappe totalement ! Reste à convaincre Céline et ça, ce n’est pas gagné !


Toutes les bonnes choses ayant une fin, il faut à nouveau avancer et quitter cette région avant la saison des cyclones. Direction Port Vila après quelques escales préalables aux Maskelynes. Port Vila nous déçoit beaucoup, ça n’a rien à voir avec le Vanuatu, c’est une ville sans charme, piège à touristes où tout est cher. Peu importe, nous sommes là pour attendre le bon créneau météo pour rejoindre la Nouvelle-Zélande, créneau si difficile à trouver que nous partons à la première opportunité.


Une nouvelle fois, nous ne parlerons pas de cette traversée, sachez seulement qu’on a jamais été aussi lent...


Et nous voilà de retour pour la troisième fois en Nouvelle-Zélande, toujours aussi enthousiastes pour ce pays. Cette fois nous envisageons d’aller en bateau dans l’Île du Sud.

La suite du voyage va se corser un peu, nous repartirons vers l’est en direction du Chili pour refaire la Patagonie en sens inverse. Route d’abord sur Raivavae (2400 milles soit 17 jours) où nous ferons une longue escale, puis petite escale à Rapa avant de rejoindre le Chili (3620 milles soit 25 jours). Que de milles à bouffer...


Gros bisous à vous tous !


Antoine et Céline sur Shana - le 24 novembre 2011

Shana : Au sud du sud de l'île du Sud en Nouvelle Zélande + quelques réflexions sur la vie de nomade aquatique            


La dernière fois que nous nous sommes parlés, nous arrivions en Nouvelle Zélande pour la troisième fois. Eh bien, nous y sommes toujours et nous y sommes toujours bien !


Nous avons commencé par revisiter cette «Baie des îles» que nous aimons tant, où chaque joli mouillage n’est séparé du suivant que de quelques petits milles, ce qui est toujours bien apprécié après une longue traversée.


« Slice of Heaven » le joli catamaran à moteur de nos amis Andy et Irène nous y attendait. Nous avons pu naviguer ensemble et profiter de l’expérience de Andy pour faire une cure de coquilles Saint-Jacques. Ici en effet, contrairement à la France, on peut les pêcher en plongée bouteille et Andy connait  tous les bons coins. Nous parlons interminablement de la construction de leur bateau, mon vocabulaire technique anglais fait d’énormes progrès.


Quelques mouillages plus loin vers le sud, nous amènent  à Whangarei, escale bien connue de « Shana » puisque nous y avions longuement séjourné l’an dernier. Nous aimons bien cet endroit où le bateau se trouve en plein centre d’une ville à notre dimension, ni trop petite, ni trop grande. On y trouve presque tout et c’est parfait pour faire les nombreux petits travaux qui s’endormaient sur la longue liste inépuisable.


C’est aussi le centre de ralliement de beaucoup de bohémiens dans notre genre, on y retrouve des têtes connues et des nouvelles. C’est l’occasion de faire des échanges de livres, films, recettes et tuyaux sur les endroits que nous avons visités.


Pour fêter Noël et le premier de l’an, nous partons à la chasse aux Français,  l’Anglais c’est bien, mais pour la rigolade, ce n’est pas le pied. Il faudrait  bien maîtriser la langue et de plus, nous n’avons pas du tout, le même sens de l’humour. Notre humour est aussi éloigné du leur que l’est notre cuisine !  Et puisque qu’on parle cuisine, je peux vous dire que notre menu de réveillon fut très Français et notre humour Gaulois !


Après les fêtes, nous partons faire un tour à « Great Barrier Island », jolie île que nous connaissons  bien, où nous retrouvons notamment Helmut et Meryl qui y ont posé leur sac voici 12 ans. Nous profitons du beau temps pour faire de jolies balades et rencontrons beaucoup de bateaux « Kiwi » puisqu’ici les grandes vacances et l’été sont en décembre et janvier.


L’idée étant d’aller dans l’île du sud, nous choisissons d’y aller en passant par la côte Ouest, ce qui semble le plus efficace, mais oblige à une navigation non stop car aucun port fiable n’existe sur la côte Ouest. Pour ce faire, retour à la « Baie des îles » et cap au Nord, ce qui nous permet d’aller explorer les mouillages plus nord que nous n’avions jamais eu l’occasion de faire et découvrir de très jolis coins.


Nous ne nous attarderons pas trop, car un bon créneau météo nous tend les bras. C’est parti, pour une navigation de 3 jours en direction de l’île du Sud. Bonne traversée avec des vents plutôt légers et une mer confortable. Le fameux « Cook Strait » sera un peu plus agité mais c’est inévitable, paraît-il, ce Monsieur devant justifier sa réputation !


A Nelson, nous retrouvons nos copains Kiwi de «  Windora », rencontrés au Vanuatu. On se recroisera d’ailleurs un peu plus loin. Nous attendons aussi l’arrivée du bateau  « Xplore », gros bateau de charter habitué de l’Antarctique et le la Géorgie du sud. Nous nous étions longuement fréquentés en Uruguay où le bateau était en réparation.


Nos prochaines escales vont nous emmener vers des coins très isolés, nous profitons donc de la ville pour refaire les stocks. Nous repartons vers le sud, la météo peut y être très susceptible, pour ne pas dire épouvantable.


La première petite étape nous permet de rejoindre Westport. L’entrée est plutôt délicate mais nous avons du beau temps. Le port est très sympa, c’est exclusivement un port de pêche et notre voilier attire tous les regards, il y a un défilé quasi permanent de voiture et piétons, nous avons même la visite d’un Français qui vit ici depuis longtemps.


Nous reprenons la route pour une plus longue étape afin atteindre de premier et célèbre « Milford Sound ». La navigation sera à nouveau bonne. Même si nous sommes dans la meilleure saison, le petit temps et la mer calme ne sont pas monnaie courante ici.


Nous entrons au petit matin dans notre premier et très spectaculaire fjord. Hélas il pleut, mais puisqu’il a plu toute la nuit, les parois du fjord sont littéralement criblées de cascades se jetant du haut de ses parois abruptes. Le lendemain le soleil est là et le spectacle aussi, moins de cascades mais certaines sont extraordinaires. Elles tombent pratiquement à la verticale et l’on peut venir avec le bateau sous la cascade.


La suite du voyage va être une longue promenade d’un fjord à l’autre. Ils ont chacun leur charme et sont pleins de ramifications, nous ne pouvons malheureusement pas tout faire, car les distances sont assez longues et tout se fait principalement au moteur. 


L’unique et très délicat problème de cette région sont les « sandflies ».  Nous étions prévenus, elles étaient au rendez-vous, par dizaines, par centaines, par milliers ! Il y en a partout, spécialement en bordure de plage et sur le bateau. Nous sommes condamnés à rester à l’intérieur tout en faisant une chasse impitoyable contre ces immigrés clandestins. Il n’est pas envisageable de rester dehors, relever l’ancre est déjà un exploit. Avant une sortie sur le pont, on  commence par se couvrir de la tête au pied, sans oublier les gants, en pensant à bien fermer bas de pantalon et jonction gants/manches. Dans les cas les plus graves, il faut se mettre une cagoule en moustiquaire pour éviter d’en manger et d’en avoir dans les oreilles. De toute façon on apprend très vite et on ne répète pas deux fois la même erreur !


Les jours passent vite,  il faut avancer si nous voulons passer un bon moment sur « Steward Island ».


Nous faisons d’abord escale à Riverton, petit port de pêche situé dans une entrée de rivière. Nous savions l’entrée délicate car il y a très peu d’eau. Des pêcheurs sympas nous avaient donné quelques indications. Nous n’avons aucun problème pour entrer, le temps est très calme et il n’y a pas de houle, mais seulement 2m30 de profondeur à marée haute. Pour la sortie, une petite houle est là,  il va falloir franchir des vagues déferlantes de 0m60, avec toujours 2m30 de profondeur ! J’ai cru entendre mon équipage marmonner quelques propos de mutinerie !l va falloir ressortir le fouet !


L’équipage est d’autant plus stressé, qu’il va falloir, après cette sortie « olé, olé » traverser le sinistre « Foveaux Strait ». Nous sommes au Sud…, du Sud…, de l’île du Sud…  Ici la météo est plutôt caractérielle. Quand les vents s’opposent aux forts courants, ce « Foveaux Strait » dans lequel la profondeur ne dépasse pas 30 mètres, devient un enfer. Précisément, il y a une quinzaine de jours, avec des vents jusqu’à 80 noeuds, un bateau de pêche a sombré avec ses neuf membres d’équipage et un voilier a chaviré deux fois. Nous avons rencontré ce bateau par la suite, la jeune femme avec qui nous avons parlé, n’a pas vraiment appréciée la position tête en bas. Il semble d’ailleurs que le cerveau n’ait pas repris sa position d’origine !


Mais rassurez-vous, les conditions sont bonnes pour nous et nous rejoignons rapidement Steward Island. Nous visitons seulement la côte Est, elle est moins exposée que les autres, ce sera plus reposant. Nous retrouvons un peu les paysages de Patagonie, la côte est très découpée, beaucoup de petites baies qu’il faut choisir en fonction de la météo. Nous avons l’occasion de goûter des ormeaux et les huîtres locales qui sont plus lisses et plus plates. A part le village principal, l’île n’est quasi pas habitée. Ici la nature est reine, on y vient que pour elle, pour chasser, pêcher, plonger ou se promener. On trouve des « Huts », petites cabanes de contreplaqué avec le strict minimum, qui servent de refuge pour les randonneurs que nous rencontrons parfois. Les conditions sont rustiques mais les Kiwi adorent cette vie de pionnier. Plus c’est rustique et difficile, plus ça leur plait ! 


La météo est un peu moins bonne que précédemment, mais il n’y a aucunes raisons de se plaindre car c’est tellement beau quand le soleil revient, qu’on oublie très vite la grisaille.


Nous étions très contents des vents de Nord pour nous permettre de descendre vers le sud, mais ces vents de Nord sont si bien établis qu’on arrive plus à trouver un créneau pour remonter vers Dunedin. Il nous faudra attendre une bonne quinzaine de jours avant un changement météo mais nous avons bien fait d’attendre, la navigation fut excellente.



Nous voici maintenant bien installé à Dunedin où nous avons retrouvé Bill qui se met en quatre pour nous rendre service.  Au programme : sortie du bateau pour un léger antifouling et réapprovisionnement pour la suite du voyage.


Dans notre dernière lettre, nous vous parlions de notre programme, d’un retour vers le pays. Et bien les choses ont un peu changées, certains privilégiés en ont déjà eu vent.


Nous nous sommes posés pas mal de questions ! Pourquoi retourner en France ? Qu’y faire ? Pas de réel projet vraiment motivant, puis l’ambiance, l’économie, la politique et surtout la morosité des gens ne nous donnent pas vraiment envie de revenir !


Nous avons aussi peur si nous nous fixions en France et vendions le bateau, qu’une fois l’excitation de notre nouvelle installation retombée, la maison mise à notre goût, l’atelier rangé au cordeau, le jardin planté, les clôtures repeintes, la pelouse tondue, nous nous emmerdions copieusement. Plus jamais, le paysage devant nos fenêtres ne bougera.


Repartir après ça, ne serait pas évident. Revendre la maison ? Reconstruire un bateau ?  Beaucoup d’énergie et d’argent seraient nécessaires, d’autant que  les facilités que j’ai eues pour construire mes bateaux ne seront sans doute plus d’actualité, l’âge aussi sera là. 


Donc en résumant, nous sommes trop jeunes pour nous arrêter ! On va donc traîner un peu et rester dans le Pacifique. Depuis la Nouvelle Zélande, nous allons rejoindre en direct l’île de Rapa (2600 mille) puis Gambier, Tuamotu, Tahiti, îles de la Société, Tonga et retour en Nouvelle Zélande. Là, nous ferons une toilette du bateau et de nouveaux stocks, avant de rejoindre la Nouvelle Calédonie où nous nous poserons plus ou moins longuement en fonction du travail que nous y trouverons et de la qualité de la vie que nous aurons. Ceci nous donnera le temps de vieillir, de gagner quelques sous, de se poser un peu et peut-être, de nouvelles perspectives se dessineront-elles naturellement.


Shana – Nouvelle Zélande – mai 2012 

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