Cartes électroniques et systèmes de lecture

Navigation

Un jeu d’une dizaine de bouquets de cartes sur un support digital suffit pour tourner aujourd’hui autour du monde.

Au temps des écrans noir et blanc et d'une cartographie assez basique, la navigation électronique laissait franchement à désirer, surtout lorsque la représentation de votre bateau à l'écran se mettait à naviguer sur la côte... La confiance n'était évidemment pas au rendez-vous !


Les choses ont bien changé et quelques ténors se partagent actuellement le marché : C-Map, Navionics (racheté par Garmin), Garmin et Maxsea - Mapmedia (seulement pour PC).


Les algorithmes de compression ont permis de mettre sur une petite puce des tonnes d'informations intelligemment affichées sur un écran couleur agréable à lire. L'utilisation de la couleur permet comme sur les cartes papiers de visualiser plus rapidement les informations. La carte électronique est moins chargée en informations peu utiles. La souris ou le doigt sur un écran tactile permet de connaître les informations détaillées en cliquant sur les symboles de la carte. Au gré du zoom sur la carte, des informations plus précises apparaissent.


On trouve aussi des informations de marées avec horaires et graphiques. Les courants sont parfois disponibles pour certaines régions et dans certaines cartographie. La tendance actuelle est la 3D : l'affichage avec un effet en 3 dimensions, tant pour les fonds que pour la couverture terrestre. Maxsea et Furuno ont innové avec la génération Time Zero. Le résultat est spectaculaire, l'utilité ...

ScanNav suit de près les évolutions de la cartographie électronique. Logiciel tournant sur PC, il offre tous les atouts attendus d'un logiciel actuel. Il est aussi interfacé avec Google Earth, ce qui permet de visualiser les lieux utilement. Ouvert à plusieurs standards de cartes, son prix est aussi très concurrentiel.


Ces données numériques sont stockées dans une mémoire non volatile (carte propriétaire ou un des formats de carte SD) suivant le type de lecteur qui les exploitera. La technologie évoluant, les mémoires non volatiles sont de plus en plus grandes pour un même volume, on peut donc y mettre de plus en plus de cartes, d'images et d'infos.


C'est le cas par exemple de Navionics avec sa gamme GOLD XL9, disponible sur carte SD. Les zones couvertes par découpage sont énormes comme on peut en juger sur l'image ci-dessous. La Méditerranée + la Mer Noire + Canaries + Madère + Açores sont entièrement couvertes sur une seule carte mémoire. Cette Navionics XL9 Large est vendue au prix de +-240€ seulement. 


Chez Navionics et C-Map, il existe des jeux de cartes augmentés de vues satellites, de vues 3D, de photos panoramiques qui poussent le prix vers les 400€. Ils ne sont généralement disponibles que pour des zones très fréquentées (Europe - USA - Asie). Je ne suis pas certain que ce soit réellement utile et je me suis limité à une bonne carte 2D mais sans fioritures.


Je me méfie également des fonctions «auto-routing» qui proposent de construire une route automatiquement du point A au point B dans un environnement maritime compliqué. Faisons simple et gardons l’oeil et le cerveau attentifs…

Ces supports ne sont pas verrouillés par un code d'accès et sont utilisables avec la plupart des logiciels de navigation (voir liste des logiciels PC compatibles sur le site de Navionics par exemple). A ce prix là, il ne faut plus hésiter, ni se damner avec des cartes pirates qui ne sont jamais à jour.


Avec des centaines de cartes disponibles sur une seule carte mémoire, le prix de la carte ne revient qu'à quelques centimes d'euro. Impossible de faire une copie de carte papier à ce prix là. La vraie carte papier devient un luxe. Souvenez vous d'une époque pas si lointaine où c'était le contraire.


Le prix des cartes électroniques pour chartplotter ou PC est équivalent à ce jour au prix des cartes des logiciels sur tablettes (ou grands smartphones). Celles-ci sont téléchargeables directement dans l’application. Pour moi, la meilleure est iSailor de chez Wärtsilä, anciennement Transas (iNavx est à la traîne aujourd’hui).


L’éditeur avait soulevé un tollé fin 2018 lorsqu’il est passé d’un système d’achat avec mise à jour gratuite à un système d’achat avec mises à jour payantes…

Mais cette excellente app (clarté, fluidité, performances richesse) ne vous oblige pas à mettre vos cartes à jour si vous ne le souhaitez pas. Pour des zones que vous fréquentez souvent, la mise à jour est utile et abordable. Tout travail mérite salaire.


Citons également Weather4D Routine & Navigation, une app IOS très fouillée en météo, polaires de vitesse - routage et navigation sur base des cartes de GeoGarage (10.000) pour lesquelles il faut payer un abonnement raisonnable.


Il faut toutefois se poser la question de la fiabilité à accorder à ce type de matériel en grande croisière. C'est certainement un système de navigation correct pour la croisière côtière et comme système de sécurité en hauturière. Probablement pas un système unique sur un bateau de grand voyage.


Voici quelques copies d'écran de iSailor qui outre la carto et la navigation, intègre les données AIS, marnages et GRIB si elles sont disponibles.

La transmission d'informations vers les smartphones et tablettes se faisant sans fil, les constructeurs commencent à prévoir des plotters avec une émission WiFi des données du bus NMEA. Mauvais point pour Raymarine qui restreint l’usage du WiFi de ses chartplotters aux app … Raymarine dont l’utilité est faible.


Pour éviter de changer tout son équipement, vous pouvez vous tourner vers un multiplexeur WiFi externe. Il pique toutes les infos transitant sur le bus NMEA (vitesse, cap, position, AIS, etc.) et les expédie aux appareils mobiles.


Voir notamment NavLink chez Digital Yacht, illustré ci-dessous qui est compatible avec une large sélection de logiciels de cartographie (notamment Maxsea, iSailor et iNavX). J’utilise personnellement le MINIPLEX 3Wi-N2K de Shipmodule qui est compact, mixe gaiement les entrées Seatalk, NMEA 0183 et 2000, se paramètre très facilement et cause poliment avec nos iPhone et iPad. 

Il existe également un boitier NavLink qui intègre un récepteur AIS en plus du multiplexeur NMEA (voir ci-dessous). Il distribue les infos par WiFi vers les PC ou tablettes. Cela fonctionne bien avec iSailor ou iNavX.

Format de Cartographie


On distingue deux types de carte :

  • La cartographie vectorielle : résultat de la transcription des points d'une carte papier vers un format digital. Avantages : même définition et qualité d'image quelque soit le zoom de l'image, zoom sans changement de carte apparent, ajout d'informations complémentaires aisé, peu gourmand en mémoire de stockage. Défauts : erreurs de transcription possibles.
  • La cartographie scannée, véritable image des cartes papiers. Avantages : pas d'erreurs de transcription, aspect connu et agréable de la carte papier. Défauts : zoom avec changements de cartes, définition de l'image variable suivant le zoom et le nombre de cartes contenu dans la mémoire, parfois moins aisé à lire car trop d'informations sur la carte.


Certains chartplotters ou logiciels de navigation pour PC autorisent la lecture des deux types de cartes simultanément en 2 fenêtres contiguës, ce qui permet souvent de voir les détails présents sur l'une et pas sur l'autre. Les cartes 3D TIME ZERO de Maxsea, ne sont exploitables qu'avec le logiciel TIME ZERO.


Exemple n°1 comparé de cartographie scannée (dessus) et vectorielle (dessous).

Exemple n°2 comparé de cartographie scannée (dessus) et vectorielle (dessous).

Exemple n°3 multifenêtrage des formats sur un chartplotter Raymarine Axiom (dessous). Notez l’incrémentation Google Earth en haut à droite.

Cartes gratuites


Depuis 2005, l'Administration américaine met à disposition des intéressés l'ensemble des cartes marines des USA. Il s'agit de cartes raster (cartes papier scannées et digitalisées au format BSB/KAP). Elles sont lisibles par la plupart des logiciels de navigation sur PC.


Comme le site de la NOAA n'est pas un modèle de lisibilité, nous vous indiquons comment procéder pour télécharger les cartes :


Cliquer sur l'adresse suivante : https://www.charts.noaa.gov/ChartCatalog/MapSelect.html


C’est beaucoup plus simple qu’avant. Si si… 

Chaque carte « pèse » +-2,5 Mb et se trouve dans un répertoire individuel. L'image en exemple ci-dessus est un zoom sur une carte US (j'ai dégradé l'image pour l'alléger).

Vous devriez trouver votre bonheur en consultant le site «Nautical Free». Ce français (?) a accompli un remarquable travail de compilation des sites officiels dans le monde où télécharger des cartes et des ouvrages nautiques gratuitement. En effet, beaucoup de pays estiment que ces documents sont réalisés avec les impôts et qu’il n’est pas raisonnable de les faire payer une seconde fois. C’est un autre débat. Vous pourrez prendre connaissance de ces documents, éventuellement intégrer des cartes dans votre logiciel OpenCPN mais vous ne pourrez pas lire ces cartes dans votre chartplotter.


En conclusion, choisir sa cartographie est une chose importante, car elle va conditionner tout le matériel en amont. Mais il me semble qu'il vaut mieux choisir une marque de matériel à qui vous allez accorder votre confiance et prendre la cartographie choisie par ce constructeur. Heureusement, la plupart des marques permettent maintenant l’utilisation de plusieurs formats de carte sur un même appareil.


La qualité des cartes entre les deux «grands» C-Map et Garmin/Navionics est très semblable.

Petites navigations = petit chartplotter avec sondeur.

Systèmes de lecture de cartes


Examinons la façon de visualiser les cartes. Il a plusieurs solutions :


  • Le lecteur dédié à cette fonction, avec écran couleur de 7 à 10 pouces. Il accueille une ou deux mémoires de cartes enfichables, ce qui permet parfois plusieurs mois de navigation. Un jeu de touches simple et clair permet d'accéder aux différentes fonctions. De nombreuses marques rivalisent. La différence de qualité est surtout à examiner au niveau des écrans (qualité des couleurs, brillance, lecture au soleil, étanchéité). Il existe des modèles totalement étanches incorporant une antenne GPS, il ne faut plus que brancher le 12V. La plupart du temps ce modèle inclus aujourd’hui une fonction sondeur (sonde en plus). Correct pour les petites navigations.
  • Le PC du bord qui accueille un des nombreux programmes de lecture du marché (ScanNav, Maxsea, Nobeltech, Maptech, …). Les cartes se téléchargent sur l’Internet (contre des sous…). Le prix d'un logiciel de lecture est moins élevé que celui d'un appareil dédié mais le PC est à l’intérieur et pas à la barre.
  • L'écran multifonctions : ces écrans de 10 à 20 pouces peuvent, outre la cartographie, afficher les données de périphériques raccordés comme un GPS, girouette, une antenne radar, un sondeur enregistreur, une caméra vidéo de surveillance, les données du récepteur AIS, le signal d'une alerte d'homme à la mer, pilote automatique, etc. via le bus NMEA.
  • Les tablettes. C’est c'est la solution de lecture la moins chère avec les réserves exprimées ci-dessus.


Le lecteur dédié nous a semblé le plus simple et fiable : il reste allumé en permanence durant la navigation et devant le barreur, pas de pièces en mouvement, peu de consommation. Nous avons aimons moins la lecture de cartes sur le PC pour les raisons inverses et l'expérience nous a donné raison, nous sommes tombés 2 fois en panne totale de PC…


Sur notre dernier bateau, nous avons opté pour l’écran multifonctions avec bus NMEA qui rassemble toutes les infos à la barre. Le multiplexeur WiFi se chargeant d’envoyer les mêmes infos sur nos iBidules pour consultation dans le carré.


Il est évident qu'aujourd'hui, le bateau qui s'équipe pour le Grand Voyage doit faire le même choix. Il n’est toutefois pas idiot d’emporter comme secours un petit lecteur indépendant de 7 pouces avec GPS interne (éventuellement en occasion). Celui-ci sera évidemment compatible avec le format de votre cartographie.

Pilote automatique, chartplotter et équipiers


Certains skippers autorisent le suivi automatique (auto-tracking) d’une route encodée dans le chartplotter. Je trouve cela c'est dangereux. Il est prudent à chaque changement de cap de jeter un rapide coup d'œil sur la carte. C'est tellement vite fait et créer un waypoint est devenu simplissime avec les écrans tactiles.


Un des seuls cas où cette interface est utile, c’est la navigation dans le courant. Tout en maintenant une grande vigilance visuelle, le contrôle de la barre par le GPS sera plus précis que le vôtre. Je l'ai testé à plusieurs reprises dans des chenaux et sur les fleuves sud-américains.


Durant les quarts, outre la veille visuelle, le contrôle de la route du bateau est fait d'un simple coup d'oeil sur l'écran de la cartographie : on regarde si la trace de la route suivie est quasi sur la trace de la route à suivre. C'est à la portée de n'importe quel équipier lambda, c'est purement visuel.

Pot au noir, ciel de grain, la pluie ne va pas tarder.

Gardez quelques cartes papier à bord !


Un rappel de bon sens, même si l'on navigue avec une cartographie électronique complète et élaborée, il faut avoir un minimum de cartes papier à bord. Certains pays comme la France ont modifié leur législation pour autoriser les cartes électroniques seules sur les bateaux de plaisance, mais elles doivent être à jour.


Nous ne sommes pas à l'abri, surtout en grande navigation, de coups durs et de phénomènes dangereux.


Imaginez-vous en train d'atterrir de nuit aux Roques, venant de Tortuga. Un orage tropical se déchaîne (il y en a tous les jours), les éclairs zèbrent le ciel et, pas de chance, la foudre touche le mât de votre petit navire ou même l'eau à faible distance. Il y a peu de chance que l'électronique du bord s'en relève. Au mieux, le GPS portable emballé dans du papier alu et planqué au fond d'un équipet, sera toujours vivant et vous chérirez les quelques cartes papier (et le stock de piles) que vous avez embarquées. Je vous suggère de lire l'expérience d'un de mes amis à Panama en 2009, une des régions les plus kérauniques du monde.


Mon autre ami Yves adore la gîte de son bateau au près, mais cette fois la mer est assez formée. Le bateau est inutilement trop toilé et passe durement la vague. En retombant derrière une lame plus abrupte, un portillon d'équipet mal étudié se libère et fonce en vol plané direct … vers l'écran du PC ouvert sur la table à cartes. Bilan : un écran cassé, un PC non utilisable, donc plus de Maxsea, donc plus de cartes … Ca fait cher le bord de près.


J'imagine qu'il doit bien exister dans votre entourage des "dégâts des eaux de mer". L'électronique et l'eau ne font pas bon ménage. Je ne jetterai pas la pierre à celui qui a mal fermé un hublot quand le temps se gâte.


Voilà quelques bonnes raisons de garder à bord un stock de cartes, et pourquoi pas de se remettre à la navigation astro qui est devenue facile grâce aux app des smartphones. Et si la foudre décompose la mémoire de toutes les RAM du bord. Il reste encore les tables américaines, mais là un exercice régulier est requis…


Allez voir le chapitre des liens utiles, vous trouverez de bonnes adresses pour comprendre et pratiquer la navigation astro facile.


Voilà de belles heures studieuses en perspective, dans les expos, les catalogues, sur le net, dans les livres…

Dernière mise à jour de l’article : décembre 2019

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