N’as-tu pas oublié ta bouteille sur la plage ?

La boucle circulaire du plastique : retour à l’envoyeur !

The 8th Continent de Lenka PETRAKOVA 

Déchets dans les Océans

Mers et vents

GPGP (Great Pacific Garbage Patch)

ou la grande poubelle du Pacifique nord


La GPGP est un immense amas de détritus de toutes origines (surtout humaines) qui se trouve piégé au milieu de l’océan Pacifique Nord par plusieurs courants tournants dans le sens des aiguilles d’une montre. Les déchets dérivent depuis les côtes des USA, du NE asiatique et des îles du Pacifique. Ceux qui rejoignent ce «tourbillon» sont prisonniers à vie, à moins de les récupérer…


En y regardant de plus près, l’observateur verra que ce «patch» est formé de deux tourbillons séparés : 

- Western Garbage Patch (près du Japon)

- Eastern Garbage Patch (entre les USA et Hawaï)


Les débris se déplacent entre les deux tourbillons sous l’influence des courants de la zone de convergence subtropicale du Pacifique Nord. Voir image NOAA ci-dessous.

















Le phénomène n’est pas nouveau, il a été découvert dans les années 1950 et continue de s’amplifier. On estime sa surface en 2023 à +-1,6 millions de km2, soit près de trois fois la surface de la France. toutefois depuis 2005, le volume des déchets a tendance à s’accélérer fortement.


La plus grande concentration de déchets océanique du monde provient essentiellement (80%) d’emballages plastiques et de débris de filets, de lignes, de cordages, de casiers, de caisse de poisson, etc. Plus de 10 % proviennent étonnamment du tsunami de Fukushima (2011). Les adjuvants aux plastiques qui se dissolvent et le gasoil qui s’agglutine sur les déchets contribuent également à une pollution chimique de l’environnement.


Le poids de la GPGP est estimé à 80.000 tonnes de déchets pour 1,8 milliards de morceaux. Lorsque l’on sait que la production de plastique mondial devrait être triplée d’ici 2060, il y a lieu de s’inquiéter sérieusement pour la taille future de la GPGP.


Selon l’ONU, 22% des déchets plastiques mondiaux ne sont pas gérés et finissent dans la nature (2022). Une partie est captée par les océans et leur récupération est un combat perdu d’avance. Il y en a toujours plus et les particules de moins de 5 mm sont irrécupérables.


Le «Patch» Pacifique n’est pas le seul au monde, c’est seulement le plus grand…

Tous les océans sont concernés : Pacifique sud, Océan indien, Atlantique nord, Atlantique sud. En voici les traces avec les concentrations de plastiques :


























Ceci souligne l’urgence à réguler à la fois la production réelle dans les années à venir et la récupération des plastiques produits après leur utilisation. C’est valable pour tous les continents. L’ONU dispose de programmes à mettre en oeuvre avec les pays qui la constitue pour essayer de contrecarrer cette tendance et mettre en place des politiques pour réduire les besoins et la production de plastiques.


En 2022, l’ONU a entamé la rédaction d’un traité international et juridiquement contraignant sur la pollution par les plastiques. On verra s’il sortira réellement et surtout quels seront ses effets et son impact dans la vraie vie…


Le cycle de la pollution :

Une fois dans l’océan, la plupart des débris plastiques a tendance à se décomposer en petites particules sous l’effet des UV. Celles-ci peuvent être confondue avec de la nourriture par les animaux marins. L’ingestion de plastiques peut tuer ces animaux par empoisonnement, blocage digestif et autres troubles.


Dans le meilleur des cas, elles vont entrer dans la chaîne alimentaire et contaminer les gros poissons qui mangent les petits, les oiseaux qui mangent de tout, les tortues, les phoques, etc. C’est sans compter le risque de retrouver les animaux contaminés dans notre assiette. Le cas des mollusques et crustacés est plus particulièrement délicat car en général nous les consommons en entier (avec leur système digestif).


Les particules de plastiques tiennent alors compagnie aux autres polluants : glyphosate, métaux et autres perturbateurs déjà présents dans nos cellules.


Une bonne partie des particules coulent et polluent définitivement les sédiments des fonds marins.


Il n’y a pas que l’océan qui accumule les déchets plastique. La terre, l’air, les pôles sont aussi concernés. On en trouve depuis le sommet de l’Everest jusqu’au fond de la fosse des Mariannes.

Janice Brahney (dr. Environnement Biogeochemist), estime dans son article paru dans Science (2020) qu’en 2025, pas moins de 11 milliards de tonnes de plastique s’accumuleront dans l’environnement en 2025. 


Nos corps humains les accumulent aussi.

Une étude de WWF avait estimé en 2019 que les êtres humains peuvent assimiler jusqu’à à cinq grammes de plastique par semaine, soit le poids d’une carte de crédit ! Ceci par ingestion en mangeant des aliments ou des boissons contenues dans des emballages plastiques, inhalation de microparticules plastiques en suspension dans l’air ou par migration transcutanée via contact avec des vêtements synthétiques et pollution aérienne. C’est micros ou nanos (< 1 micromètre) particules se fixent alors sur les tissus des poumons, de la gorge, du nez, du système digestif mais passent également dans le sang, ouvrant la voie à une contamination de tout le corps. On en trouve jusque dans le placenta des bébés à naître …


L’influence sur la santé de cette absorption est actuellement mal connue mais est étudiée par bon nombre de scientifiques dans le monde. Les additifs aux plastiques (plus de 10.000) et les combinaisons aléatoires entre-eux semblent être les plus nocifs pour la santé humaine.


C’est toute notre façon de vivre qui est mise en cause. Est-il possible de la changer à ce point ? Si les européens souhaitent le faire, n’est-ce pas vain puisque les particules aériennes peuvent faire le tour de la terre en quelques jours et retomber avec les pluies ?


Un point positif ?

Le seul point positif de cette énorme poubelle est que les plus gros déchets servent de support au développement de végétaux et d’invertébrés (ex. : anémones, bernacles). Les prélèvement indiquent +-70% des déchets flottants colonisés par ces organismes vivants. Ceux-ci sont très majoritairement des espèces côtières et non pélagiques qui peuvent survivre plusieurs années sur les débris flottants.


Quelques tentatives pour récupérer les déchets flottants :

- The 8th Continent : une jolie utopie de l’architecte slovaque Lenka PETRAKOVA ? Projet gagnant de la Fondation Jacques Rougerie en 2020. Je suppose qu’il attend toujours des sponsors… 

- The Ocean Cleanup : plusieurs tentatives réelles de récupération des déchets dans la GPGP. Se concentre actuellement sur la récupération des déchets dans les rivières. Lien Wikipedia.

- The Sea Cleaner : un projet français porté par Yvan Bourgnon. Petites unités de récupération de déchets flottants en eaux calmes. Prototypes opérationnels. En cours de développement à une plus grande échelle.

- Mission « Repêchons les Océans » : c’est plutôt une action de sensibilisation et de récupération des déchets relevés par les marins pêcheurs en mettant à disposition des containers dans les zones portuaires. Fait partie d’un réseau international basé sur les mêmes principes : Upcycling the Oceans - Ecoalf.


Quelques vidéos (en UK) pour approfondir un peu :

- NBC News : Avoid increase the GPGP (2020) - 4 minutes

- Seeker : Explore the Great Pacific Garbage Patch (2018) - 4 minutes

Création : décembre 2008 - dernière mise à jour de l’article : mars 2024

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