Sargasses

Image satellite de la couverture des Sargasse sur l’Atlantique en Mars 2023 (doc. NOAA)

Bonjour les algues dans l’hydro-générateur… 

Au revoir l’électricité.

Un pré-filtre obstrué rendra aléatoire le refroidissement du moteur.

Mers et vents

Les Sargasses



Les Sargasses sont des algues brunes/vertes/dorées de type «varech» connues depuis que les navigateurs ont commencé à traverser l’Atlantique. Le mot provient du portugais «Sargaços» qui a donné «Mar de Sargaços». La mer des Sargasses est associée dans nos imaginaires à la reproduction des anguilles européennes et au mythe des navires englués dans une mer de végétaux.












Cet article suit celui de la GPGP, car un certain rapprochement peut être fait. Il s’agit de part et d’autre d’amas flottants qui se développent (pour des raisons très différentes) au milieu d’un océan et dérivent avec les courants. Notons que la mer des Sargasses occupe un espace non encore colonisé par les déchets plastiques de type GPGP.




Située initialement au milieu de l’Atlantique au niveau du Tropique du Cancer, la Mer des Sargasses n’est pas une gêne pour les navigateurs qui traversent l’Atlantique d’Est en Ouest et d’Ouest en Est car elle se trouve en dehors des routes logiques des voiliers qui suivent les vents et les courants.















Sa petite soeur est plus gênante : la Grande Ceinture Atlantique des Sargasses qui est visible sur l’image ci-dessus. Née fin des années 2000, elle forme un arc de cercle entre l’Afrique de l’Ouest et le Golfe du Mexique. On la traverse pour se rendre au Brésil et les Antilles sont régulièrement envahies par ces végétaux.


Le développement de cette ceinture semble être du aux sédiments plus riches en nitrates et en azote en provenance de l’Amazone et du fleuve Congo.


Les études scientifiques suggèrent que la Mer et la Ceinture des Sargasses ont des origines différentes car les variétés de sargasses ne sont pas les mêmes. Il existe plus de 300 espèces de sargasses.


Les sargasses sont essentiellement holopélagiques. Elles n’ont pas besoin de pousser au fond de l’océan pour ensuite remonter en surface. L’eau de mer est un substrat suffisant pour qu’elles se développent et prolifèrent uniquement en surface.


C’est au printemps et au début de l’été que la masse des sargasses est la plus importante du fait de la floraison. Suivant les années, la surface couverte est plus ou moins importante. L’image ci-dessous montre l’évolution entre 2011 et 2018.


























2018 a été très favorable au développement des végétaux et la longueur de la «ceinture» s’est considérablement accrue. La quantité d’algues estimée pour le mois de mars 2023 a été la plus importante jamais observée. Mais 2018 reste l’année où la plus grande quantité annuelle d’algues a été produite avec une estimation de 20 millions de tonnes étalés sur une surface de près de 9.000 km2.


En haute mer, les Sargasses forment des plaques de végétation brune/verte/dorée. Elles sont maintenues en surface grâce aux petits «flotteurs» remplis de gaz qui poussent sur les algues. Les touffes de sargasses sont collantes (un genre de mucus qui les protège des UV) et peuvent produire des tiges de plusieurs mètres (frondes). Les amas dérivent sous l’influence des vents et courants. 


Gênantes pour le bateau ?

Elles peuvent représenter un problème pour la navigation lorsqu’un voilier ou un bateau à moteur les traverse. Les touffes et les tiges filamenteuses peuvent s’entortiller autour de l’hélice surtout si elle tourne. Vous allez l’entendre au changement de bruit de l’hélice. Il est alors assez compliqué de s’en défaire. Plusieurs marches arrière en puissance peuvent souvent les libérer (jusqu’au prochain entortillement) mais il faut parfois plonger pour les couper. Cela m’est arrivé plusieurs fois. Cette intervention peut être dangereuse dans la houle à cause des mouvements du bateau. J’ai préféré capeler une bouteille de plongée pour saisir l’arbre d’hélice d’une main et un couteau dentelé de l’autre. Cela permet de suivre les mouvements du bateau et de prendre son temps. A éviter de nuit.


Ne pas négliger de surveiller le pot du pré-filtre du refroidissement par eau de mer. A la longue, le passe-coque même grillagé peut laisser passer suffisamment de végétaux pour bien obstruer le tamis du pré-filtre (arrivé deux fois). C’est vrai pour le moteur de propulsion et pour l’éventuel groupe électrogène ou le dessalinisateur.


Si le vent souffle, pas besoin d’hélice, mais la quille et surtout le safran jouent bien les croche-algues. Vous allez le voir à la diminution anormale de la vitesse du bateau et à des vibrations bizarres. Il ne m’est arrivé qu’une seule fois de devoir dégager le safran en mer mais dans un autre contexte (sur l’Amazone), j’ai du plonger de nombreuses fois pour dégager le bateau des débris végétaux qui s’accumulaient devant la quille. Certaines quilles à bulbe sont ici nettement pénalisées. Même à l’arrêt, l’hélice va continuer à draguer des filaments végétaux.


Le problème de l’hydro-générateur et du régulateur d’allure se règle assez facilement puisqu’il suffit de remonter la partie immergée pour dégager les algues. 


Reste la roue du loch si vous n’avez pas opté pour un système sonique. Il faudra le sortir de la coque pour le nettoyer. Ce qui est toujours un peu flippant par 4.000 m de fond.


Finissons cette revue par une bonne nouvelle : la densité des sargasses diminue en hiver et comme la saison de traversée vers l’ouest commence en novembre, vous serez moins gênés.


Les points positifs naturels…















Ces étendues de sargasses forment un abri pour une grande biodiversité marine : petits poissons et crevettes y logent en compagnie de crabes et de tortues. Sous cette couche supérieure, rôdent leurs prédateurs : thons, dauphins et requins.

Ceci sans oublier les anguilles qui viennent y frayer.

Ce petit monde vivant sert aussi de nourriture fraîche pour les oiseaux de mer.


















Un autre aspect intéressant des sargasses est la photosynthèse qui lui permet grâce à la lumière solaire de capter le CO2 dissous dans l’eau. Le végétal assimile le carbone nécessaire à son développement et rejette de l’oxygène.

On estime à 7% du total mondial, la captation naturelle de la Mer des Sargasses. Ceci permet de rappeler que les océans sont la source de la moitié de l’oxygène produit sur notre terre. 

A la fin de sa vie, la plante coule au fond de l’océan emportant sa charge de carbone. Sera-t-il transformé en charbon dans quelques millions d’années ?


Les points négatifs naturels…

En regardant la carte ci-dessus, on voit que cette ceinture des sargasses atteint les Caraïbes, la Floride et le golfe du Mexique.


Comme ces algues flottent, elles finissent inexorablement par aborder le littoral de ces régions et s’y amonceler. Il en découle une série de nuisances dont en voici quelques unes :

  • Pourrissement et décomposition avec production d’H2S et d’ammoniac dangereuse pour les hommes et les animaux.
  • De ce fait, le littoral est parfois interdit d’accès. Dégâts sur le matériel électronique et les bateaux.
  • Repoussoir touristique induisant une perte économique ajoutée au coût de l’enlèvement.
  • En zone côtière, couverture opaque coupant la lumière et la photosynthèse des espèces littorales.
  • Odeurs pestilentielles pour les habitants des régions concernées.
  • Maladies respiratoires, neurologiques, cardiaques et troubles d’anxiété.
  • Navigation côtière parfois impossible.
  • Etc.



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Les points positifs humains…

Certains y voient de l’or vert. L’agriculture (engrais), la médecine (extraits), l’énergie (biomasse), alimentation (protéines), pâte à papier ou encore charbon végétal. L’humain tente de valoriser voire de cultiver les sargasses (et les algues en général) pour les apprivoiser à son profit. L’avenir doit encore se lire dans une boule de cristal.


Conclusions

Vous trouverez des tonnes de documentation «sargastiques» sur le Net, mais cela ne vous évitera pas les soucis causés en navigation avec ces algues flottantes. La prolifération des algues me casse toujours les pieds dans les navigations fluviales que je pratique pour l’instant.

L’avenir est incertain, les spécialistes continuent d’étudier les causes de la prolifération des sargasses certaines années. Les satellites les surveillent depuis presque vingt ans. Il y a des années fastes et d’autres moins mais la tendance générale est à l’inflation.


Partez tout de même avec une bouteille de plongée. Elle pourra aussi vous servir de masque à gaz… 😊








Création : avril 2024 - dernière mise à jour de l’article : avril 2024

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